Harold López-Nussa - El Viaje (2016)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/03-18/haroldlopeznussa_elviaje_front.jpg El Viaje par Harold López-Nussa 673203111424

Le plus célèbre des rejetons de la famille López-Nussa, le pianiste Harold, livre avec El Viaje un album exceptionnel, digne de ses aînés Ernán et Ruy.

"Médias > Musique"
EUR 0
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

El Viaje

Date de parution: 
2016
Réf
types de supports: 
Digipack
673203111424
0

Lorsqu’on me demande ce que je pense d’Harold López-Nussa, je réponds invariablement que le jeune jazzman surdoué suscite, certes, de grandes attentes, mais que je continue à lui préférer son oncle Ernán, également pianiste. Ce dernier était, dans les années 1980, un pilier du groupe AfroCuba, concurrent valeureux mais quelque peu malheureux, d’Irakere. Dans l’économie socialiste cubaine de l’époque, un principe de base s’appliquait aussi bien au prêt-à-porter qu’à la musique : à partir du moment où un produit répondait à un besoin minimum, on ne se cassait pas la tête à décliner le même modèle. Les magasins d’Etat proposaient donc tous la même chemise, et les autorités culturelles se contentaient de promouvoir la meilleure formation dans chaque catégorie : Aragón pour les charangas, et, donc, Irakere pour l’afro-cubain-jazz-rock-funk.

Une fois AfroCuba laminé par la vague de la timba, à la fin des années 1990 (tout comme Irakere, un peu plus tard), Ernán López-Nussa rejeta les synthétiseurs et entama une carrière solo plus acoustique. Les influences classiques, l’européenne et la cubaine, furent dès lors prégnantes aux côtés du jazz. Ce legs du XIXe siècle cubain, les touches de Debussy, les contredanses et danzones, et même les sones du Septeto Nacional – qui visitait régulièrement la demeure des López-Nussa –, jusqu’à l’influence française de maman Lekszycki (elle-même d’origine polonaise) ; voilà ce qui nous manquait chez le neveu.

Avec El viaje (Mack Avenue Records, 2016), nous percevons enfin ce qu’un membre de cette illustre famille est en mesure d’offrir à nos oreilles exigeantes. Toutes ces nuances, ces détails qui vous transmutent un instrumentiste brillant en un musicien d’exception. Un futur maestro que nous avions découvert lors d’une présentation à Enghien-Les-Bains en novembre 2005, tout juste auréolé du Prix du Public conquis au festival de jazz de Montreux. Le CD Canciones (Colibrí, 2006) était venu nous le rappeler à notre attention. Un disque – commercialisé deux ans plus tard ! – sans esbroufe mais chargé d’émotion, gorgé des ingrédients listés plus haut et qui se conclut magnifiquement par un « quatre-mains » avec le tonton déjà nommé sur une danza d’Ignacio Cervantes, le père du nationalisme cubain au XIXe siècle.

Bref, une dizaine d’années après 2006, Harold n’a rien perdu en fougue et gagné en maturité. L’album nous prend d’emblée à contre-pied, avec une composition d’Aldo López-Gavilán, Me voy pa’ Cuba. On démarre sur un ton léger, dans une ambiance festive soulignée par d’allègres vocaux. Soit dit en passant, les López-Gavilán sont une autre famille de López plus tiret qui navigue dans les mêmes eaux de classicisme mâtiné de jazz et de cubanité.

Dans Africa, Dreiser Durruthy, le fidèle percussionniste de Chucho Valdés, fait entendre ses tambours batá et ses chants afro-cubains, bien soutenu par la basse d’Alune Wade. La rencontre entre le Cubain et le Sénégalais s’était produite fortuitement, lors d’un remplacement au pied levé. La complicité fut telle qu’un album commun allait la concrétiser (Alune Wade & Harold López-Nussa, Havana-Paris-Dakar, World Village, 2015).

L’instant magique arrive bientôt. Lobo’s cha est l’une de ces merveilles dues à l’inspiration d’oncle Ernán. Harold adopte ici le toucher léger qui convient à l’œuvre, puis accentue la force du cha cha chá dans le finale. C’est du reste une lecture respectueuse des intentions de l’auteur, qui avait su tirer profit de sa collaboration avec l’un des maîtres du genre, Richard Egües, le légendaire flûtiste de l’Aragón.

Au beau milieu du programme, Harold se lance dans une reprise de Bacalao con pan. Exercice ô combien périlleux ! Transposer la rage électrique d’Irakere et la voix d’Oscar Valdés au format trio était une gageure ; le résultat est bluffant. On croit entendre la guitare de Carlos Emilio Morales, le morceau délivre l’énergie des années 1970.

Sur le titre éponyme, El viaje, la voix d’Alune nous convie à un voyage de retour Cuba-Afrique. Le trio devient quartet avec Mayquel González, excellent trompettiste déjà présent sur l’album de 2006, et habitué des descargas avec la familia. Mozambique en mi B est un morceau enlevé du pianiste Miguel Núñez, autre visiteur des peñas de la Academia, le groupe de Ruy López-Nussa (père), lui-même invité sur cette plage.

C’est tout en douceur que débute Inspiración en Connecticut. S’ensuit un vigoureux solo de piano, le morceau se terminant avec emphase. Dans le climax, après une brève accalmie, les « Eeeeh, oooooh » à la Roberto Fonseca alternent avec le piano et la batterie. Ce procédé simple et efficace a la faculté de faire adhérer le public des concerts, lequel reprend volontiers ces chœurs.

On l’aura compris, chaque morceau mérite éloges et commentaires. Avec Oriente et la reprise de Me voy pa’ Cuba, en version plus libre, nous poursuivons le voyage sur le même registre. Avec El viaje, quand on me demande mon avis sur Harold López-Nussa, je peux enfin répondre : « un espoir qui a tenu toutes ses promesses ».

Par Didier Ferrand | akhaba.com

Albums proches
Recommandé si vous aimez
extract1: 
Mots Cles
portrait: 
Région: 
Partager | translate
commentaires