Forgotten Guitars from Mozambique (2003)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/01-12/forgottenguitarsmozambique_front.jpg Forgotten Guitars from Mozambique par 9789077068229

Le sud du Mozambique colonial a créé un jeu de guitare singulier, facétieux, épique, soutenant le blues d’une communauté bouleversée par le travail de la mine.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13.5
Type de produit: 
Album

Forgotten Guitars from Mozambique

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Date de parution: 
2003
Réf
types de supports: 
CD
9789077068229
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« Les Chopi (…) pensent que moi, Feliciano, suis  un clown ». Sans doute ceux-ci s’étonnaient ainsi de ses complaintes adaptées pour la guitare et d’inspiration traditionnelle qui a donné naissance aux styles andamendo, magica ou le marrabenta dans les années 1950 aux tonalités swing et blues, musique de plaisir et ferment anticolonialiste. Les sessions successives enregistrées en 1955-1958 par le collecteur britannico-sud-africain Hugh Tracey au Sud Mozambique témoignent de cette mutation parmi les travailleurs précaires de la région de Manjacaze.

Cette province du colonialisme portugais dépend économiquement à l’époque du développement minier de l’Afrique du Sud et la guitare y est alors un signe univoque de modernité avec ses champions Feliciano Gomes, Aurelio Kowano, Nacio Makanda, Andrea Sitole… L’histoire coloniale n’a rien retenu de ces destins méconnus de cuistots, de journaliers ou d’hommes de troupe, ballottés au gré des emplois. Si ces chansonniers amateurs ont emprunté la guitare aux Portugais, c'est presque pour y transposer le style semi-épique des « griots » de langues Nguni (dialectes tsonga, ronga, dau, chopi, gitonga). En brossant ou en pinçant la guitare, ils en imitent parfois les lyres. La diction épique aussi est omniprésente, mais la ritournelle, voire la chanson véritable, s’annonce déjà avec, par exemple, Andrea Sitole, sans préfigurer encore le divertissement mozambicain moderne. Sur les rythmes ternaires de cette musique traditionnelle de danse, les couplets soliloques des artistes en dialecte égrènent les chapelets du dépit, les reproches de leurs existences désabusées. Mélancoliques ou enjoués, tous invectivent avec amertume le conjoint contrarié ou le défaut d’enfant dans leur union. Tracey les a traduits.

En optant pour la prise studio individuelle, Tracey n’atteint pas réellement l’unité de genre. L’intimisme artificiel force par exemple la relative monotonie responsoriale de Feliciano Gomes. On découvre ensuite le jeu imprévisible, saccadé d’Aurelio Kowano, « guitariste rythmique (…) fou et se défiant lui-même perpétuellement », selon les propres mots du responsable de SWP Records, Michael Baird. Délictueux, ce chanteur-guitariste entre jazz et musique zambienne, en est bien la révélation. Last but not least: le guitariste déjanté Armando Muwane interpellant ses deux marionnettes artisanales, animées par un fil au bout du manche de son instrument : «… et la musique elle-même [devenient] d’intérêt secondaire ». Pris sur le vif, son He Wena Mani hilare rend, dans une ambiance proche du bilo rituel exorciste malgache, la réalité oubliée de cette scène mozambicaine : le kazoo débridé, un public enthousiaste pour des performances exutoires, exécutées sans filet.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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