Fawzy Al-Aiedy - Le Paris Bagdad (1998)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/11-12/fawzyalaiedy_parisbagdad_front.jpg Le Paris Bagdad par Fawzy Al-Aiedy 3229269272523

En France depuis 1971, l’artiste irakien féru de jazz chante avec son timbre inhabituel un album entêtant, des musiques aux sources multiples et choisies avec goût.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Le Paris Bagdad

label: 
Date de parution: 
1998
Réf
types de supports: 
Digipack
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La chanson citadine est au cœur des compositions de l’artiste irakien installé en France depuis 1971. Fawzy al-Aiedy avait précédemment flirté avec le jazz, les comptines et le trio oriental en des albums inclassables. Avec Le Paris-Bagdad, l’auteur renoue avec son goût avéré pour la poésie sentimentale classique qu’il pare de refrains entêtants (Dana Dina, La Gazelle, L’Oiseau libre).

Peu de facéties dans ce voyage musical si ce n’est l’espièglerie de La Gazelle : «  Elle passa sans saluer/Ma jolie est-elle chagrine/(…) Elle m’a dit va mon pauvre ami/Notre eau ne coupe pas la soif ». Le chant syllabique d’Al-Aiedy doit autant à son timbre inhabituel qu’aux textes dépouillés de la tradition éloquente irakienne, mise très souvent en musique par les modes déliés et savants du maqam.

Fawzy emprunte aussi à Fadhil al-Zahawi, un des novateurs de la poésie irakienne dans les années 1960-70. Tous deux célèbrent les métaphores sur la beauté. Le titre Circonspection scande aussi Paul Verlaine, en arabe et au rythme du pas chaloupé d’une caravane.

L’album chante un Bagdad onirique, un souk féérique échappé des contes abbassides, revisité en mille et un clins d’œil musicaux. Bazar, mais pas foutoir : à chaque morceau, le trio clarinette-oud-violon opère une combinaison acoustique harmonieuse. Par touches épisodiques, les glissandos enchanteurs du violon de Farhat Bouallagui évoquent la vièle kamanja du Haut Nil (La Gazelle, Sharara).

Du Nil, la musique part sans rupture vers les rives du Bosphore, menée par la clarinette de Jean-Jacques Ruhlmann. Omniprésente, elle alterne avec un hautbois enjoué. Tous deux rejouent syllabiquement, qui un couplet, qui les bercements d’une valse orientale (Naima).

Le morceau Zourouni jubile de félicité en un bashraf turc instrumental serein et qui prolonge la transe d’Ultime prière, composition toute aussi vibrante. Ladite prière, martelée par les daffs sourds, ne s’interrompt que pour laisser place au riqq virtuose du prodigieux percussionniste égyptien Adel Shams el-Din.

Sur Moudhif, Al-Aiedy se fend d’un taqsim nerveux au oud, une improvisation étonnamment moderne, rappelant celles du luthiste marocain Saïd Chraïbi. Plus loin, sur Nissa, Fawzy, la voix transformée, télescope un tabla, le métamorphosant en chanteur pakistanais de ghazal profane.

Où est donc la Bassora historique et natale d’Al-Aiedy ? Sa musique apaisée est également une rêverie des Arabies d’antan, ré-imaginées et non pas la réalité prosaïque des marais du Chatt el-Arab irakien illustrés en couverture du disque.

C’est un Orient harmonieux, songeur sans doute, et résolument unplugged. Ce mirage orientaliste culmine avec le gracieux Une Nuit à Bassora, un boléro très réussi où Fawzy, au cor anglais, s’improvise Ravel avec grâce. La chance sourit à l’audacieux.

Par Pierre d’Hérouville | akhaba.com

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