Ethiopiques 13 - Ethiopian Groove (2002)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/11-14/ethiopiques13_ethiopiangroove_front.jpg Ethiopiques 13 - Ethiopian Groove par 3307518225527

Les singles du label Kaifa Records nous replongent dans le Addis-Abeba du milieu des années 1970 où chansons pop et groove funky se télescopaient à un train d’enfer.

"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Ethiopiques 13 - Ethiopian Groove

Date de parution: 
2002
Réf
types de supports: 
CD
3307518225527
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1969-1978 : décennie funky à Addis-Abeba ? Alors que s'annonce la fin du Négus, la ville connait ses « années folles », largement retracées par la compilation Ethiopiques 8 - Swinging Addis. La nuit, la ville vibre d'une ambiance déjantée, à la croisée de la transgression et d'un hédonisme inédit.

En 1973, l'éclosion éthio-jazz cède déjà à une éthio-pop inexplicablement marquée par les genres musicaux britanniques et afro-américains de l’époque. Francis Falceto la décrit par ses attributs : « pop, soul, et rock and roll, avec mini-jupes, pattes d'éléphants, coupes afro et boyfriends en cheveux Elvis ». Ces noctambules au look blaxploitation ont le bon goût de ne pas céder aux hits anglo-saxons. Leur musique circule sur 45 tours, et bientôt en cassette audio.

Ethiopian Groove n'usurpe pas son titre et nous permet de revivre les soubresauts rock & soul de cette décennie culte. Pour ce faire, Falcetto puise parmi les singles du label Kaifa et de son producteur charismatique Ali « Tango » Abdella Kaifa. Un bricoleur passionné, haut en couleur,  littéralement porté par le boom de la location de cassettes VHS. Aux heures creuses où les clubs sont encore fermés, Kaifa y enregistrait les orchestres avec les moyens du bord, sur magnétophone deux pistes et sans post-production.

Ce boom éthio-pop trouve une explication probable du coté des dance halls. La danse locale esksta ne semblant pas étanche de divers points de vue au twist, doit-on s’étonner de rythmes explicitement rock chez Alèmayèhu Eshèté ou Ayaléw Mèsfin ?

L'irruption incongrue de gimmicks funk parait, quant à elle, plus fortuite : engagés par des hôtels, les brass bands Dahlak, Wallias ou Shèbèlé, ont progressivement éclipsé l'éthio-jazz pour, selon les termes de Falceto, « cuivrer des mélopées traditionnelles ». N'est pas Otis Redding qui veut. Loin d'imiter la suavité ou les débordements vocaux de la soul US, les stars d'Addis dévient peu de la diction mélismatique des genres traditionnels, à commencer par l’ambassèl. L'impétuosité gospel de la soul américaine s'en trouve nettement tempérée chez sa cousine éthiopienne.

A l’arrivée, amharique et pentatonique se combinent ici malicieusement aux emprunts sonores Motown ou Stax. Outre l’orgue électrique de Yèmendjar shèga ou les syncopes à la guitare de Muziqawi silt, les cuivres flirtent avec le groove caractéristique de la basse funk dans Mètch ené terf fèlèghu, Tashamanalètch ou encore Feqer aydèlèm wèy.

La décontraction musicale de cette éthio-pop fonctionnait avec son particularisme vocal, la compilation sonnant d’ailleurs comme un véritable recueil de samples rétro. Simple et directe, cette musique attira tous les grands noms de la scène d’Addis : Alèmayèhu Eshèté, Bzunèsh Béqélé, Tlahoun Gèssèssè… Autant de voix que la collection Ethiopiques a ensuite largement contribué à nous faire découvrir plus avant.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com