Erol Deran - Collection grands interprètes méditerranéens - Erol Deran (1998)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/01-14/erolderan_front.jpg Collection grands interprètes méditerranéens - Erol Deran par Erol Deran EC 1903

Loin de la cacophonie des citharistes de cafés stambouliotes, Erol Deran cultive une exigence esthétique qui force le respect. Pour le grand plaisir de l’auditeur, sa maturité insuffle à des raretés classiques ottomanes ce que tous y cherchent : une âme.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 16
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Collection grands interprètes méditerranéens - Erol Deran

Actuellement indisponible
label: 
Date de parution: 
1998
Réf
types de supports: 
Digipack
EC 1903
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Tous les crépuscules n’ont pas le privilège d’être flamboyants. Fawzi Sayeb, Ali Elahi, Muhammad Hamud Al-Harithi... elle n'est pas si longue, la liste des maitres classiques qui ont véritablement sublimé leur œuvre par une session tardive. Du moins, ceux qui ont réussi cet exercice d'excellence, entre inspiration et maturité.

Erol Deran, né en 1937, cithariste turc et paysagiste reconnu à ses heures – notamment pour ses marines du Bosphore –, renoue avec ce genre risqué grâce à un enregistrement magistral réalisé en 1997 lors d'une tournée à Thessalonique. Avec cette session, son « heure de Salomon » semble bien avoir sonné. 

Emprunt supposé à la musique modale arabe, le cithare qanun a été largement perfectionné par les Ottomans. Ces derniers l'ont ensuite réexporté, ainsi que l'art de la suite arabo-ottomane classique fasil – en arabe wasla –, vers leurs divers bey de Méditerranée.

Deran est un maître actuel de cette tradition en désuétude. Sa musique doit autant à la suite de Cour qu'à la tradition mevlevi stambouliote, musicalement mitoyenne. Deux genres caricaturés par exemple de nos jours par une production instrumentale pour touristes, fébrile à Istanbul, avec son cortège de compilations médiocres, comparativement. Désormais, quand ils ne sont pas entrecoupés de folklores rouméliotes aux terrasses des restaurants de Sultanahmet, ces taqsim sont hachés par le jeu machinal de derviches d'happy-hour… Rideau. 

Ni tour de chant, ni samâa mevlevi ici. En maître du fasil classique, Erol Deran commue les arpèges en rêveries inspirées (Taksim leading to Maqam Sazkiar) sur des mouvements de suite – taqsim, evfer, peshrev –, eux-mêmes ordonnancés par maqam.

Ces mélodies merveilleuses de l'âge d'or ottoman sont empruntées aux compositeurs favoris de Tokpapi : Hammâmîzade İsmâil Dede Efendi (1778-1846), Salih Bey (1823-1888) ou encore le mythique prince moldave Demetrios Kantemir (1673-1723). Elles doivent probablement leur goût d'inédit à leurs maqam anciens, rarement entendus : Atzem Asiran, Ferahfeza et Sazkiar. 

Le toucher de Deran atténue les attaques virtuoses, exagère les soupirs (Taqsim leading to Maqam Ferahfeza, Ferahfeza Evfer). Même les peshrev orchestraux sont transposés ici au cithare, avec une fragilité qui assagit leur solennité en mélodies candides (Atzem Asiran Pesrev, Sazkiar Pesrev).

Ces Gymnopédies, ainsi ralenties, soutiennent davantage une interprétation libérée que l'académisme prévisible de la suite. Lenteurs « à la Satie » qui tournent à l'errance onirique. Désormais insouciant, l'auditeur bercé entrevoit les clapots d'une croisière infiniment lente du Bosphore vers la Mer Noire. Dimanches léthargiques sur les berges du détroit. Reflets. Canots. Visions sereines des châteaux crénelés et des villégiatures, baignés d’eaux vertes et de soleil. 

On l'aura compris, cette session est un moment d'exception. Kyriakos Kalaitzides (En Chordais) ne s'y est pas trompé, préférant à dessin un écrin hors normes au format livre-CD habituel de la collection Grands interprètes méditerranéens. Il a voulu cet album comme un objet unique. Et ce voyage lui donne raison.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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