Erdal Erzincan - Karasu (2016)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/07-16/erdal_erzincan_-_karasu_2016.jpg Karasu par Erdal Erzincan 8681447250016

Retrouvailles avec le style pétillant d’Erdal Erzincan. Le luthiste d’Erzurum renouant avec l’album instrumental solo, son format de prédilection, signe un disque passionnant et novateur, placé sous le signe des danses collectives halk.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 0
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Karasu

label: 
Date de parution: 
2016
Réf
types de supports: 
Digipack
8681447250016
0

Le frettage moderne du luth turc baglama, plus complet, supplantant désormais celui des bardes alevis, l'instrument s'ouvre de nos jours aux tonalités d'autres folklores régionaux, pour le plus grand bonheur des mélomanes. Une polyvalence résumée tout entière par l'expression récente « guitare de l'Orient » chez Jérôme Cler. Pour ce faire, trois générations d'interprètes érudits, généralement citadins, ont dû s'improviser folkloristes derrière le musicologue Muzaffer Sarisözen (1899-1963), dans la quête besogneuse des thèmes oubliés des terroirs. Parmi ces compilateurs-interprètes, l'introduction d'une technique de tapping – ou selpe en turc – assure à Erdal Erzincan une postérité déjà égale à celle de Talip Özkan (1939-2010) ou de Mehmet Erenler.

Les inconditionnels de ses duos avec Kayhan Kalhor devront repasser. Bonifiant à sa façon des thèmes des terroirs d'Anatolie, Karasu – en turc : eau noire – renoue plutôt avec le caractère et l'éclat solitaire de Garip (ASM Müzik, 1996) ou Giriftar (Güvercin Müzik, 2008). Une option salutaire dont le luthiste s'était  inexplicablement abstenu ces dernières années.

Tirés des danses en rang – halk ou halay –, les thèmes de Karasu ont été savamment compilés dans les provinces, parfois par Erdal Erzincan en personne, quitte à déborder sur le répertoire des sonneurs de villages. Pour ce faire, la baglama se mue tour à tour en zurna (Yayvan bari, Köroglu Bari) ou en clarinette de la Mer Noire (Göynük Ciftetellisi). Enchainées dans l'esprit du bal, ces gigues impriment à l'album leur élan fiévreux jusqu'au tournis, nous préservant des clichés néo-alevi de la production « türkü » actuelle. L'exercice de transposition folklorique s'efface ici devant un jeu furieusement contemporain.

De liés foisonnants en apartés de tapping, l'ornementation clive définitivement le virtuose urbain de l’ozan d'antan. Ici, les brossés anatoliens succèdent aux selpe pétillants, arpèges tétanisants qu'Erdal Erzincan et son aîné Erol Parlak œuvrent à populariser depuis quelques années déjà dans leur pays. Ainsi remaniés, les mélismes des sonneurs cèdent leur évidence première à une musicalité moderne, quasi-machinale (Dizden Kirma).

Au milieu de cette furie, les respirations de Kocaarap Zeybegi se posent en intermède. Les cascades de notes reprennent ensuite et confluent vers le final homonyme Karasu, composition-fleuve convaincante, qui ne dépareille pas des halay adaptés. Ce langage nouveau, entre modernité et démonstrativité, trouve son paroxysme dans sa combinaison avec le phrasé traditionnel. Les incursions vertigineuses en accélèrent par touche le torrent mélodique. Ainsi tourbillonnent toujours plus vite les pas du halay, emmenés par le flot virtuose des « eaux noires ».

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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