Ensembles Al-Mahi & Al-Bura’i - Chants sacrés de Nubie et de Kordofan (2002)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/09-12/chantsnubiekordofan_front.jpg Chants sacrés de Nubie et de Kordofan par Ensembles Al-Mahi & Al-Bura’i 794881707225

Deux chœurs soudanais interprètent avec subtilité les hymnes soufies, habituellement chantés par les caravanes de pèlerins sahéliens sur la route de La Mecque.

"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album

Chants sacrés de Nubie et de Kordofan

Date de parution: 
2002
Réf
types de supports: 
Digipack
794881707225
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«  J’ai pensé toute la journée à ton amour, qui m’a consumé ». Abd’al Rahim al-Bura’i et Hajj al-Mahi (XVIIe siècle) étaient deux poètes soufis soudanais, dans la grande tradition illuminationniste, intuitive, de l’Egyptien Al-Busiri. L’hagiographie veut qu’Al-Mahi, tel un Ibrahim Adham nubien, délaissât sa lyre rababa pour embrasser le genre panégyrique. Miracle de la conversion. Vénérés, Al-Bura’i et Al-Mahi sont encore interprétés chacun par un chœur homonyme d’hymnodes, respectivement au Kordofan et en pays Shaygiyyah. Sur la route du hajj des pèlerins sahéliens vers La Mecque.

Le madih nubien, chant choral de louanges accompagné du tambourin târ, évite à la fois les clichés arabisants de son avatar égypto-maghrébin et la rigueur réformiste d’Omdurman, près de Khartoum. Ces madih reprennent néanmoins nombre de métaphores soufies répandues, telle la guérison (Ya Habibi Ahmad tabibi) et l’ivresse (Sâqiat al-laye). Mais en Nubie, ce sont surtout des chants de marche des pèlerins.

L’originalité réside d’abord dans leur performance responsoriale, ancrée dans la musique pentatonique du Soudan (Anta nûr al-gharbi wa-sâbah). Empruntant parfois les mélodies shay shay des caravaniers, le chœur Al-Mahi, qui interprète la quasi-totalité des titres, donne ici au madih des accents profanes. Loin des canons arabes, il l’ornemente de ses propres mélismes vocaux (Sal al-rakb). A l’instar de son mentor, Hajj Al-Mahi, le chœur étire les syllabes du premier hémistiche, tandis qu’il hache rapidement celles du second.

Cette diction souple prend tour à tour des accents pendulaires (Shawqaq shawa al-samîr) ou plaintifs (Al Hijâz lâha barqû). Les tambourins martèlent les cadences binaires des dromadaires (Sal al-rakb, Shâhshâ al-samîr, Anta nûr al gharbi) avec le léger emballement caractéristique des cornacs.

Enfin, on retrouve, retransposés, quelques genres incontournables du registre confrérique. L’ensemble Al-Bura’i semble plus à l’aise sur ces panégyriques (Ya Habibi Ahmad tabibi, Anta nûr al gharbi) et bien sûr sur les dhikr (La ilah illa Allah, Al Ba’ûdah). Derrière leur musicalité pentatonique inédite, l’auditeur reconnaîtra bien les soupirs, ou encore les bourdons « Allah ! » typiques du dhikr, exercice d’hyperventilation répandu.

Enregistrée dans d’excellentes conditions acoustiques, cette session très originale et inédite repousse les limites du genre par sa musicalité. Elle est bien servie par le livret, dont on doit les notes bien documentées au regretté ethnomusicologue Christian Poché.

Par Pierre d’Hérouville | akhaba.com

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