Ensemble Muhammad Bin Faris - Le sawt de Bahreïn (2004)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/04-14/ensemblemuhammadbinfaris_sawtbahrein_front.jpg Le sawt de Bahreïn par Ensemble Muhammad Bin Faris 794881742424

Les ornementations de l’orchestre Muhammad Bin Faris (Bahreïn) contrastent avec la facture habituellement brute du genre sawt. Un dosage savant, soucieux de préserver à ce genre son énergie.

"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album

Le sawt de Bahreïn

Date de parution: 
2004
Réf
types de supports: 
Digipack
794881742424
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En fondant son école du genre sawt, la première à Bahreïn, Muhammad Bin Faris (1895-1947) avait sans doute plus à l'idée de magnifier le genre que d'en perpétuer son chant rauque. « Peu importe le vin, pourvu qu'on ait l'ivresse ». Si, parmi d’autres, Muhammad Zuwayd (1900-1982) ou Ali Bin Hazim, ont davantage bâti leur style sur la forme koweïtie, plus brute, c'est précisément l'innovation orchestrale qui a valu à Bin Faris une postérité unanime. A l'occasion du présent concert à l'Institut du monde arabe, l'ensemble qui porte son nom défendait, en ce soir de juin 2001, sa mémoire et ce style à la fois.

Depuis leur réintroduction au Koweït au 19ème siècle, les réunions masculines – en arabe : samra – de sawt étaient jusqu'ici le prétexte à ce chant certes poétique, mais souvent rudoyé par des trios frustes, où les hoquets de tambourins, d’oud et les voix éraillées se télescopaient. Dans tout le golfe Persique, la danse mimique al-zafan et ces chœurs mâles parachevaient, si nécessaire, cette célébration idiomatique de la séduction par la virilité.

Ni battements de main (kaff), ni exclamations ici, mais une évidente volonté d'assouplir la rugosité légendaire du genre. Arrangeur de génie, Bin Faris a poli sa musique pour révéler tout l'éclat de la poésie nabti. « Qu'a-t-elle celle qui a la taille de la branche, elle est ornée d'or et les doigts teints de henné. Ses dents brillantes comme les étoiles et le visage parait comme la lune à peine voilé (...) ». A ces rimes travaillées, les musiciens font désormais un écrin. Par le chant assagi, d’abord. Faute de ne pouvoir assouplir le mètre court sans aliéner la poésie, cette légèreté nouvelle passe ensuite par les envolées du qanun et les miaulements du violon. Un véritable renfort d’orchestrations, en fait. Ornementations et unissons alternent pour donner au tout un entrain véritable.

L’interprète Jama At-Traruha n'aurait pas renié le thème de Dam'i jarâ bi-l-khudûd. Tandis que Nasi wa lâ yadri vaut à la fois pour son oud aérien, puis pour sa forme basta. Le refrain en a des accents de procession martiale arda, et a fortiori lorsqu'il est repris en chœur à la fin du morceau. L'apport d'autres genres séculaires (chants villageois, arda, poésie yéménite humayni) est d'ailleurs une constante du genre. Diversité manifestée de la culture du Golfe, elle contribue à l'alternance des thèmes de la samra.

Ce style de Bahreïn manque ici d’oublier la liesse qui sied à ses réunions. Certes, ce concert à Paris ne rend pas l'excitation d'usage entre public, battements kaff et danseurs. Mais sa construction est suffisamment formelle pour préserver leur magie à l'introduction instrumentale, aux parties chantées (sawt) ou encore au break (tawsih). Même tempérées, les avalanches traditionnelles de marwas redisent cette énergie.

Cependant, une fois passé le tawsih, les solistes de l'Ensemble se fendent systématiquement de longs taqsims inhabituels, en dépit des règles répandues du genre. Cascades de qanun (Ma li-ghusn al-dhahab, Dam'i jarâ bi-l-khudûd), de violon, et plus rarement de luth oud. Tels les souffles sur la braise, ces apartés enlevés entretiennent le flot de la jubilation pendant de longues minutes. Le violon virevoltant d'Abdullah Khiri s'y montre particulièrement remarquable.

Au milieu du 20ème siècle, les arrangements originels de Bin Faris étaient inspirés des orchestres turcs ou, plus sûrement égyptiens. Une interprétation perpétuée qui insuffle au genre une sérénité accrue. Cette sophistication contre-nature annonçait, hélas, les orchestres pléthoriques de la musique khaleeji actuelle, ou encore ses arrangements surchargés. Goliath ne s’est-il jamais relevé de ses blessures ? Dans l'esprit de légèreté de Bin Faris, toute l'exigence de son ensemble est résumée par la supériorité définitive du simple écrin sur le mausolée baroque.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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