Ensemble Moshtaq - Tambour inopiné (2014)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/09-15/moshtaq_tambourinopine_front.jpg Tambour inopiné par Ensemble Moshtaq 602547070333

Avec ses instruments régionaux, Tambour inopiné reprend la quête effrénée de « la joie perdue de la musique traditionnelle persane » de Reza Ghassemi.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Tambour inopiné

label: 
Date de parution: 
2014
Réf
types de supports: 
CD
602547070333
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Moshtaq Ali Shah est un légendaire derviche, remontant à la restauration contrariée de la confrérie Nimatullahiyyah depuis l'Inde, au 18ème siècle. Mi-musicien, mi-qalandar, Moshtaq rejoint les soufis de Mirza Mohammad Ali « Nur Ali Shah » avec un certain enthousiasme. Son setâr et ses chants iconoclastes défient le clergé rigoriste des villes historiques de Shiraz et Kerman. Au panthéon des musiciens, ses pairs lui prêtent aussi l'introduction de la quatrième corde sur le setâr, que Moshtaq-le-Rebelle surnomme d'ailleurs « tchoub sag-zani » littéralement, le « bâton à frapper les chiens » –. Victime désignée des rivalités entre soufis et clergé, Moshtaq Ali Shah est poursuivi et lapidé à mort pendant le ramadan de 1791 par les dévots de la mosquée de Kerman. Nur Ali Shah en réchappe mais, continuellement pourchassé, il sera encore blessé et trépasse à son tour à Mossoul (Irak) en 1798.

Exilé depuis les années 1980, le compositeur-dramaturge iranien Reza Ghassemi ne lésine donc pas sur les symboles, lorsqu'il baptise son ensemble musical du patronyme du derviche. Depuis 1987, l'ensemble Moshtaq retient moins du personnage le setâr que l'irrévérence. De toute évidence, Ghassemi se considère un peu comme une sorte de Moshtaq moderne, reprochant au dolorisme des religieux en place dans son pays de n'inspirer aujourd’hui que de suffocants « pleurs et lamentations » aux artistes locaux.

Sa croisade, c'est donc, selon ses mots, « la joie perdue de la musique traditionnelle persane ».  Le postulat en est simple : l'énergie musicale des iraniens se trouve en eux-mêmes, et a fortiori dans les folklores de l'arrière-pays de la côte caspienne. Question énergie, ce revivalisme du folklore tabari relaie, bien malgré lui, les efforts notables de Mehrava, l'un des rares labels régionalistes du Mazandaran.  

Avec ses embardées de folklore katuli, le trio inédit de setâr de 14 Cheerful Pieces innovait par ses orchestrations originales. A force de vitamines, il rendait presque tabari ses taraneh – du persan : chanson, ritournelle – qui ne l'étaient pas forcément. Tambour inopiné change le pot, mais pas forcément la recette. Dépoussiérés, d'autres refrains reverdissent à l'unisson traditionnel de Pouya Khoshravesh (kamanché) et Javid Yahyazadeh (ney, lalevah), deux jeunes talents originaires du Mazandaran. L'album voit aussi le retour des percussions, avec, pour l'occasion, la troisième apparition de Naghib Shanbehzadeh (Bushehr) chez Buda Musique.

Amertume, libertés, nostalgie, espoirs… Qu'on la quitte ou qu'on y reste, l’Iran suit sa voie, les années passant. Et, pendant ce temps-là, « Quelque chose se passe », aurait dit Jean During. Les productions locales et celles de la diaspora divergent, c’est un fait. Dans les pas du derviche, on devine quelle posture dicte sa démarche à Moshtaq. Son réformisme contraint sa quête d'humeurs nouvelles à des inspirations 100% régionales. Faire du sonnati – du persan : traditionnel – à partir du mahalli – du persan : régional –… Une inclination a priori naturelle, devant le passif du genre aux folklores iraniens. Mais l’intégrité du sonnati n'a-t-elle aucun autre salut ? Comble, ce contre-pied savant au néo-tasnif parait à son tour rétrograde. Il est douché par le retentissement de la nouvelle fusion sonnati-pop, fût-elle éphémère.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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