Dietrich - Evok (2009)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/10-14/dietrich_evok_front.jpg Evok par Dietrich 5425015550527

Dietrich réanime en chacun de nous le goût de l'expédition, de l'appel des racines, de l'horizon cerné de chants abscons, bref du mystère nécessaire et de la félicité intrinsèque à l'existence.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 12.5
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Evok

label: 
Date de parution: 
2009
Réf
types de supports: 
Digipack
5425015550527
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D'abord, il y a cette phrase liminaire, inscrite dans le livret, que l'on ne peut apercevoir qu'une fois qu'on a retiré le CD de son support plastique collé au digipack : « Chez nous, la folie présente un caractère sacré – ou tout au moins magique – le fou est celui que les dieux ont choisi (...). » Intrigante et sibylline, cette maxime est déjà un avertissement. Et puis, sur un autre volet du digipack, il est question d'« alliance entre les peuples et les forêts, l'homme et l'arbre, des insoumis, des non-appartenants, l'hymne a la nature anarchiste. » Puis cette exhortation : « Dansez les veaux, les dévots, les fatigués... » On voudrait nous initier à un rituel ancien et païen, ou à quelque célébration médiévale transgressive d'un genre « carmina-buranaesque » qu'on ne s'y prendrait pas mieux !

Dietrich, c'est à la base deux voix, celle de Jeuc Dietrich et celle d'Anik Faniel. Souvent de concert, elles titillent et charment nos conduits auditifs par leur polyphonie un rien nasillarde qui chante une bien curieuse poésie de la Terre et du voyage, à la fois florale et minérale, enracinée et affranchie. On ignore tout de leur langue, mais on en imagine plein : un idiome celtique perdu et retrouvé ? Un obscur alphabet runique ? Une déviance linguistique orientalo-méditerranéenne ? Un dialecte kobaïen ?

Impossible de ne pas penser à Malicorne en écoutant Evok, mais alors à un Malicorne qui aurait quitté les régions de France et de Navarre et serait parti loin, très loin, usant ses semelles vers le Nord (pour croiser Hedningarna ?), bivouaquant sur les côtes du Sud, faisant rouler sa caravane à l'Est, franchissant le continent moyen-oriental, le tout non pas en ligne droite, mais plutôt en spirale.

Déjà riche de plusieurs cordes (guitares acoustique, électrique, basse, bouzouki, vielle à roue, violoncelle...), le duo Dietrich a rencontré un percussionniste globe-trotter, Siavache Yasdanifar, aussi à l'aise à la derbouka qu'au bendir, au daf, au riqq et aux sagattes. D'autres encore ont été conviés à ce banquet de nulle part ; ici une percussion médiévale, là une cornemuse, une autre voix, une programmation électro furtive.

Brassant effluves médiévalisantes, folklore paneuropéen et échos orientaux, la musique de Dietrich est sans domicile fixe ; elle ne connaît pas plus les frontières qu'elle ne semble se soucier d'un ancrage temporel, et dessine un espace parallèle englobant tous ces paramètres dans une griserie vocale et instrumentale extatique.

L'album oscille entre chants polyphoniques presque nus, juste appuyés par un bourdon de vielle, un ronflement de basse, ou encore par un mellotron (où l'ont-ils déterré ?!) et morceaux plus garnis qui naviguent au gré des grincements de vielles, des souffles de vents, des frappes sur les peaux, claquantes ou caressantes, avec une production qui, heureusement, évite le lissage anesthésiant et fait au contraire ressortir la rusticité du ton général.

Dietrich réanime en chacun de nous le goût de l'expédition, de l'appel des racines, de l'horizon cerné de chants abscons, bref du mystère nécessaire et de la félicité intrinsèque à l'existence.

Par Stéphane Fougère | Ethnotempos, juin 2009

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