Cándido Fabré - Carretero (2017)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/02-18/candidofabre_carretero_front.jpg Carretero par Cándido Fabré 5022627024028

Cándido Fabré, prolifique compositeur et improvisateur au long cours, nous revient avec un magnifique album entre charanga, bachata, son montuno et pop latino.

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"Médias > Musique"
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Album
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Carretero

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2017
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Comme on dit dans les carnavals cubains : « l’aube n’est pas l’aube si Cándido Fabré n’est pas encore en train de chanter ». Cándido Fabré, prolifique compositeur et improvisateur au long cours, nous revient avec un magnifique album entre charanga, bachata, son montuno et pop latino.

Cándido Fabré a créé sa formation en 1993, juste au sortir de la Orquesta Original de Manzanillo dont il était le chanteur et compositeur principal depuis 1983. Durant cette période de dix ans, un ou deux succès nationaux, voire internationaux, permettaient chaque année à cette charanga provinciale de tenir la dragée haute aux cadors de la capitale : Guayabita del Pinar, ¿Quién ha visto por ahí mi sombrero de yarey?, Vía libre, A la hora que me llamen voy, El cinturón del taxi

Parmi tous ces titres, le formidable Córranse ahí caballeros, un morceau comme on souhaiterait en découvrir plus souvent dans les musiques à danser. Un texte qui raconte une histoire du quotidien – un bus pris d’assaut –, une voix principale reconnaissable entre mille, un estribillo (refrain) qui percute, des soneos (improvisations du sonero entre chaque refrain) inspirés, des solos de piano et de flûte, des mambos qui s’enchaînent. Le tout sur un rythme endiablé – excusez le cliché – pendant presque huit minutes étourdissantes ! Celia Cruz l’a enregistré sous le titre plus commercial de La guagua (le bus).

Sûr de son talent, Fabré reprend grosso modo la même formule pour sa Banda. Tout d’abord, il reste dans l’Oriente cubain ; il se relocalise même dans sa petite ville natale de San Luís. Ensuite, et c’était encore plus risqué, il garde contre vents et marée le format quelque peu désuet, mais ô combien typique de la musique cubaine, de la charanga.

Ce format, tel qu’il s’est cristallisé dans les années cinquante du siècle dernier, est le suivant : piano, contrebasse, pailas (timbales créoles), güiro, trois violons, une flûte en bois à cinq clefs et trois chanteurs. Bien sûr, les variantes sont légions : un violon alto par ci, un violoncelle par là. Et aussi d’inévitables et parfois regrettables évolutions : passage à la basse, voire au piano, électriques, abandon progressif de la flûte en bois au profit de la flûte métallique. 

S’il défend la tradition, Cándido Fabré n’est pas pour autant un puriste. La flûte à système, les claviers ont droit de cité, de même que le tres, la guitare à trois paires de cordes emblématique des septetos et conjuntos de son. Sa palette de rythmes tire plus vers le bassin caribéen (son bien sûr, mais aussi cumbia ou bachata) que vers le patrimoine charanguero habituel (danzón et cha cha chá).

Une formule qui fait le bonheur des foules carnavalesques qu’il draine dans tous les coins et recoins de l’archipel cubain. Et aussi bien sûr, celle des aficionados de l’artiste en attente d’un nouvel album depuis plus d’une décennie, la dernière livraison datant de 2006 ! Une attente rendue supportable par la diffusion préalable de plusieurs titres sur YouTube au cours des derniers mois.

Nonobstant ces vidéos rassurantes, certains nourrissait quelques inquiétudes. Ne disait-on pas que l’homme était aphone, pour avoir abusé des improvisations jusqu’au petit matin dans ces fameux carnavals ? Que nenni ! La voix est certes naturellement éraillée, mais reste forte et mélodieuse. Les pistes se succèdent sans temps mort. Le groupe est solide et expérimenté, certains membres accompagnent Fabré depuis plus de vingt ans.

Les esprits chagrins pourront toujours objecter que ces gaillards ont une allure de paysans endimanchés, qu’ils ont récupéré les costumes de scène de la Orquesta Aragón des années 80. Ou pire, qu’à force d’efficacité dans la régularité rythmique, le rendu tourne un peu « balloche ». Détails insignifiants qui ne peuvent altérer le constat final : Cándido Fabré ne déçoit jamais.

Alors, de cet album de 69 minutes où il n’y a rien à jeter, que retenir ? Le premier thème bien sûr, qui n’a pas été placé là par hasard. Ayaca est le nom donné en Oriente à une spécialité culinaire à base de maïs, plus connue dans le reste de l’île et au Mexique sous le nom de tamal. A en croire Fabré, ceux de San Luís seraient particulièrement savoureux… Une bachata, Diosito Santo, pour rafraîchir les esprits avant de rebondir avec un son montuno de grande classe, titre éponyme de l’album, agrémenté par un beau solo du trompettiste invité Manuel Sánchez.

La curandera, antérieurement connu comme La negra vive en Macuto, fait l’éloge d’une guérisseuse de Granma dont la renommée s’étend à toute la région et, maintenant, au-delà des frontières. C’est aussi le premier morceau purement charanga, avec un swing ravageur. Charanga n’est pas un rythme, comme le laisserait penser l’annotation du morceau sur le livret, mais bien le format orchestral décrit plus haut. Ce gros à-peu-près n’est pas nouveau puisque Fajardo lui-même – mais il était le seul – labélisait ainsi certains de ses morceaux dès les années 50.

Il y a aussi une série d’hommages aux chers disparus : une rumba pour le « roi du tambour » Tata Güines, une bachata pour sa maman et une charanga pour Juan Formell. Cette dernière est doublée par le son Van Van no es cualquiera (Van Van n’est pas qui veut). Dans ces deux thèmes, la touche Van Van est bien restituée avec une basse plus ronde, plus présente, et un solo de paila à la Samuel Formell.

Yo no viro los cañones (Je ne retourne pas ma veste) est une belle profession de foi. En deux mots, même si le reggaetón est un rythme facile qui séduit les foules, il y aura toujours un Cándido Fabré pour défendre le son, pour exalter la mémoire de Miguelito Cuní ou Beny Moré.

Quant à Hello baby (Aló baby), c’est assurément le titre le plus « dancefloor », une machine à se déhancher, tant dans sa version charanga avec la chanteuse Adniovis Martínez, que dans sa version pop latino en bonus track, avec JG et la très en vogue Laritza Bacallao. Brillamment interprété, avec entrain et conviction, par les trois invités, Hello baby évoque le sujet brûlant des difficiles relations des jeunes couples et des familles séparés par le détroit de Floride. Un thème qui touche le cœur de tous les Cubains.

Par Didier Ferrand | akhaba.com

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