L’ancien yéyé, qui réveillait chaque matin de 1963 avec sa guitare électrique ses compatriotes avec son Mali Twist sur la radio du Mali fraîchement indépendant, s’est fait véritablement découvrir au public occidental en 2002 avec cet album d’une quinzaine de blues mandingues. Je chanterai pour toi est aussi le titre du film que Jacques Sarasin a consacré au rocker et ex-footballeur de Kayes (nord-ouest du Mali).
Le disque est donc aussi un documentaire, traversé de dialogues d’adultes, de rires d’enfants, de propos affectueux pour Kar Kar, ainsi surnommé pour ses anciens dribbles sur les stades. Une affection que lui témoignent ses compatriotes tel Ali Farka Touré (1939-2006) qui l’accompagne sur l’extatique Diarabi, le serein Dunn Ma Yelema, Improvisation 2, des chorus de guitares amicales sans voix. Sur Mariama Kaba, Kar Kar chante alors que Ballaké Sissoko lui tisse de sa kora de douces compositions.
Rokia Traoré, elle, chante de sa voix feutrée sur Sa Golo, un autre blues sahélien en duo, plus enlevé. Kar Kar, c’est une voix rouillée, des arpèges aigus, lancinants de guitare, dès le premier titre du disque Mouso Tche Soma Yé. Un album imprégné par la culture khassonké de Boubacar qui chante son deuil, Adieu Pierrette, sa femme métisse morte en couche lors de la naissance de leur dernier enfant, une minute et demie d’oraison funèbre émouvante, sans musique.
Le rythme reprend, exalté, avec Kalilou. Le chant de Kar Kar est enrichi aussi par le balafon de Kélétigui Diabaté quand il déclame Maciré. Vers la fin disque, on retrouve Mali Twist : « Enfants du Mali indépendant, prenons-nous en charge » et qui se tourne curieusement en « Dis-lui que je l’aime ».
Par Bouziane Daoudi |akhaba.com

















