Arthur H et Nicolas Repac - L’Or Noir (2012)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/03-13/lornoir_arthurh_front.jpg L’Or Noir par Arthur H et Nicolas Repac 3298498263114

Arthur H, par sa voix, Nicolas Repac, par sa musique, signent un album étonnant, fortement africain avec des textes magnifiant la négritude et la créolité du monde.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 21.99
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

L’Or Noir

label: 
Date de parution: 
2012
Réf
types de supports: 
Digipack
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C’est quelque chose qui est tout près et semble venir de loin, de la nuit des temps, quelque chose de clair et de sombre à la fois. C’est un voyage dans l’identité du monde. Le fils aîné de Jacques Higelin est un chanteur qui prend des risques.

Ici, il ne chante pas, il récite des poèmes, des proses d’auteurs de la créolité, de la négritude. En fait, des textes qui parlent de la véritable mondialisation des cultures et de ceux qui les portent.

Une mondialisation qui se complète depuis la « découverte » de Christophe Colomb. Depuis, plus personne n’est le même, ou comme l’écrit Arthur H dans le livret rassemblant la dizaine de textes qu’il interprète : « Nous sommes tous, aujourd’hui, un peu créole, un peu américain, un peu oriental, un peu africain ». En fait encore, Arthur chante la créolisation du monde, ce concept cher à Édouard Glissant (1928-2011).

Arthur H reprend ici deux écrits de l’écrivain et essayiste martiniquais. La Cohéee du Lamentin qui parle du vol de milliers d’oiseaux sur un lac : « ils tombent et s’enracinent, ils repartent d’un seul cran, leur imprévisible est cela-même qui les relie, et qui tournoie en deçà de toute science ». Là se niche toute la conception de Glissant : l’imprévisible qui viendrait du métissage.

Des phrases qu’Arthur récite sur une douce cadence de guitare, de shaker, d’effets sonores qui font croire qu’il s’agit d’une bande originale de film. C’est toute l’intelligence de Nicolas Repac qui a conçu la musique de cet album peu commun comme une suite d’images.

Des rythmes très visibles qui prolongent, mettent en scène les paroles qu’Arthur H déclame de sa voix sensuelle, amoureuse des mots. Le ton est parfois grave, comme venant des entrailles de la terre, tel celui d'un prêtre vaudou ou chamane.

C’est toute la magie de ce disque, de cette musique, de ces mots qui semblent venir du passé alors qu’ils parlent d’avenir, de devenir de l’humanité qui est déjà métissée culturellement à l’heure où montent, si l’on ose dire, les replis dits identitaires. Alors qu’il ne s’agit que de peur, de frayeur devant l’imprévisible telle la beauté du poème du Haïtien René Depestre, Le Métier à tisser, musicalement l’un des meilleurs moments de l’album.

Nicolas Repac manie ici avec maestria, fluidité et soubresaut, udu, flûte, guimbarde, doudouk, harmonium ou cette sanza qui magnifie Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire (1913-2008), l’auteur martiniquais inventeur de la négritude. Cette africanité noire qui serait la seule racine des descendants des esclaves déportés d’Afrique.

Notion que récuse son compatriote Glissant pour dire que le monde est culturellement, linguistiquement inter-pénétrable. Arthur H et Nicolas Repac harmonisent ici les deux conceptions sur des airs magiques, indéfinis mais fondamentalement d’Afrique, berceau présumé de l’humanité.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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