Ali Mohammed Birra - Ethiopiques 28 - Great Oromo Music (2013)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/02-14/alibirra_oromo_front.jpg Ethiopiques 28 - Great Oromo Music par Ali Mohammed Birra 3341348602332

Un album de pop éthiopienne des hauts plateaux inclassable, mûrie entre 1962 et 1975. Des sonorités groovy qui ont profondément renouvelé la chanson locale, d’inspiration folklorique.

"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Ethiopiques 28 - Great Oromo Music

Date de parution: 
2013
Réf
types de supports: 
CD
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Loin des sentiers battus, cet Ethiopiques n°28 nous entraine dans l'est méconnu du pays des hauts plateaux. Immense bush aride aux confins occidentaux de l'Ogaden, et fief millénaire des Oromos. Leur sobriquet répandu de « Galla » résonne encore dans la Corne de l'Afrique d'une réputation approximative de caravaniers frustes, de païens sédentarisés et de mercenaires. De nos jours, nombre des trente millions d'entre eux peuplent les villes de la mythique ligne ferroviaire Addis-Abeba-Djibouti.

La conscience oromo, pétrie de clanisme et de piété sunnite folklorique, s'éveille dans les années 1960 à l'ombre autoritaire d'Haïlé Sélassié. Intellectuels marxistes, auteurs, paroliers prolifèrent en collectifs artistiques urbains, rompus au contournement de la censure. Leurs chansons pop battent le rappel pour une Oromia qu'ils imaginent émancipée, musulmane et démocratique. Les premiers titres, Awash et Yaa hundee bareedaa, du chanteur Ali Mohammed Birra, émergeront au milieu de la décennie de ces palabres nationalistes en réunion, où l'on mastique aussi convivialement les feuilles de qat.

Bercé par les productions orchestrales soudanaises, son collectif Afraan Qaalloo de Diré Dawa soutenait la comparaison avec son contemporain somali, le prestigieux Barkhad Cas d'Hargeisa. Tandis que les mélodies pentatoniques s'en différenciaient nettement, le jeu instrumental oromo imitait encore la lyre traditionnelle, à la manière du xeeso somali. Comparativement, la production oromo, d'ailleurs frugale, résistera mieux à l'arabisation tardive que les genres soudanais ou somaliens. Au cours des années 1960, elle délaisse progressivement le oud et l'accordéon pour les orgues, les cuivres et la guitare modulée « à l’arabe », d'un simple bémol dans les graves.

A l'instar, par exemple des variétés tigrinya ou kuanyama, la chanson d'Ali Mohammed Birra se modernise ensuite en atténuant ses beats traditionnels, pour mettre en avant le chant. Avec, par moments, une profusion d'arrangements et de rythmes vaguement occidentaux, sans doute vus à Addis (Eesaati si argaa, Abbaa Lafa).

Entre 1966 et 1969, Ali Mohammed Birra sera paradoxalement promu ambassadeur officiel de la langue oromo au sein de l'Imperial Bodyguard Band (Si jaalallee) à Addis-Abeba. Privé de sa révolution en 1974 par celle de Mengistu Hailé Mariam, l'Afraan Qaalloo n'atteindra ni les alcôves du pouvoir, ni même un succès à la mesure du genre somali qaraami. L'essentiel des présentes prises remontent à cette période, ce collectif oromo se marginalisant alors à nouveau. Birra réécrit partiellement son hymne révolutionnaire, Awash, ainsi que l'étonnant Abbaa Lafa. « Mangez la viande et ne vous contentez pas des os, (...) j'ai vu les selles de nos cavaliers accrochées dans les huttes ». On ne peut que deviner ici les trésors nécessaires de double-langage – ou « lafee duha », en oromo « l'os et la moelle » – déployés pour appeler à nouveau les Oromos à la lutte malgré la censure.

Abstraction faite de ces chants de ralliement, la plupart des titres sont des chansons d'amour passionnées, en ligne avec la personnalité notoire de séducteur de Birra. Peu de choses à voir, en vérité, avec l'éthio-jazz d'alors à Addis-Abeba. Les chansons sont introduites par des arpèges de guitares amplifiées, mimétiques de lyres oubliées. Sur des nappes généreuses d'orgue Hammond, les textes courts chantent ensuite la passion naïve (Yaa hundee bareedaa, Eshurruru), la séparation contrite (Eesaati si argaa, Nagatti si jedha, Waa silleen indararuu) ou encore les reproches (Eesaati si argaa). Des ritournelles pentatoniques aux faux airs yéyé. Et surtout une sensation de mélange des genres, renforcée par le bel canto et ses tremolos soignés.

Au rythme lourd des hadra oromo profanes, les thèmes Eshurruru et Inyaadi'ini viennent rappeler ce que ces thèmes doivent en fait à la chanson traditionnelle. En déflorant ces genres séculaires, Birra inaugurait une pop audacieuse, aux effluves dépaysantes. Un renouveau salutaire, à rapprocher, par exemple, de la contribution récente de Faytinga à la pop érythréenne.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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