Algérie Bled nostalgie (2010)

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Dès le premier morceau filant des bouffées de nostalgie, quinze chansons pour une plongée émouvante dans une culture riche, diversifiée et toujours d'actualité

label: 
"Médias > Musique"
EUR 11
Type de produit: 
Album

Bled nostalgie

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Date de parution: 
2010
Réf
types de supports: 
CD
3700409805424
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« S'il vous plaît Lili, chantez-moi votre chanson ». C'était ainsi que le député François Mitterrand (1916-1996) demandait à la fin des années 1940 au chanteur algérois de lui réinterpréter un de ses succès quand l'ex-président venait se distraire au cabaret parisien Le Soleil d'Algérie d'une séance de nuit à l'Assemblée nationale. Lili Boniche (1921-2008) fut l'un des grands modernisateurs de la chanson algérienne à force d'adaptations tango, mambo, swing et autres airs internationaux à la mode.

Le crooner juif, originaire de Kabylie, au chant « francarabe » reprenait à sa manière, morale, un peu fantaisiste, Bambino, thème immortalisé par une autre Méditerranéenne, l'Italo-Egyptienne puis Française Dalida (1933-1987). C'est la couleur de ce disque, ce retour romantique sur cinquante ans de chanson algérienne. Un parcours dans le temps attendrissant, parfois terrible, qui raconte aussi l'histoire de l'Algérie actuelle, de la lutte de libération, des premiers lustres de l'indépendance de 1962 prometteuse, des années de plomb du conflit islamiste de la décennie 1990, de la déception et de l'espoir.

L'amour d'un pays exceptionnel que chante le fabuliste kabyle, admirateur des fables de La Fontaine, Slimane Azem (1918-1983) dans Algérie mon beau pays, bluesman fabuleux de l'immigration algérienne en France, mort oublié à Moissac, dans le Sud-Ouest. Plus tard, beaucoup plus tard, le jeune Hocine Lasnami lui répondra avec Alger Alger, une superbe reprise du titi de la Casbah Lili Boniche. Alger la blanche, berceau du chaâbi, ce genre populaire né de la rencontre de la noble musique arabo-andalouse et des enfants de la migration de ses environs, notamment kabyles.

Un genre captivant, méditant les leçons de la vie, que chantent ici Amar Laâchab, l'ex-jeune premier Hachemi Guerouabi (1938-2006), idole à ses débuts de la gent féminine, et Dahmane El Harrachi (1926-1980), le zazou sans le sou de l'immigration algérienne en France emporté par un accident sur la corniche algéroise alors qu'enfin les autorités culturelles de son pays natal commençaient à lui octroyer la place qu'il méritait.

A la base de sa musique, il y avait, bien sûr, l'art arabo-andalou, cet héritage de la splendeur arabe en Espagne sublimé ici par Reinette l'Oranaise (1915-1998), non voyante dès l'enfance, qui connut deux vies artistiques, la première en Algérie, la seconde en France durant la décennie 1990 après des années d'oubli de sa voix vigoureuse et de son oud langoureux interprétant une culture apprise auprès de Saoud Médioni, dit l'Oranais, disparu dans un camp de concentration en 1943.

Salim Halali (1920-2005), personnage haut en couleurs, juif de l'est algérien, lui aussi est parti de la musique arabo-andalouse pour inventer des répertoires mélangeant traditions algériennes et marocaines dans un style personnel de derbouka percutante, de violons véloces, qui en fit une star de tout le Maghreb, diaspora comprise.

L’Oranais Albert Rouimi dit Blond-Blond (1920-1999) est, lui, reconnu par les Maghrébins juifs et musulmans comme un sacré ambianceur, mettant toujours une frénésie redoutable, un grain de fantaisie dans ses chansons.
Ces vingt-cinq dernières années, c'est un certain rock d'Oran, seconde ville d'Algérie, qui domine la musique algérienne, le raï moderne avec ses synthétiseurs, guitares électriques, popularisé par Khaled qui en a fait la musique arabe la plus connue dans le monde par ses chants puissants, sa musique contemporaine nourrie de multiples influences.

Le raï a son martyr, Cheb Hasni (1968-1994), assassiné durant la guerre opposant islamistes armés et armée algérienne. Ses chansons d'amour éperdu font encore les plus grosses ventes de musique en Algérie, alors que le premier tube international du raï, reste N'sel fik, un miracle de modernisme algérien chanté par le couple de l'époque Chaba Fadéla, qui a propagé à tout son pays le raï nouveau à la fin des années 1970, et le ténor Cheb Sahraoui.

Ailleurs, plus à l'est d'Oran, c'est Lounis Aït-Menguellet dont les poésies admirablement ciselées animent l'identité d'une région longtemps marginalisée, la Kabylie, pays berbère rebelle et trop souvent délaissé que chante de son timbre poignant la vénérable Chérifa, gardienne du répertoire traditionnel, souvent reprise, modernisée par tant de chanteurs kabyles imprégnés de rock, blues et folk américains.

Alors que dans une aire toute proche, plus à l'Est, la région de Sétif, d'autres voix suivent la même voie, à  l'exemple  de Souad, qui dès son enfance reprend sur des rythmes de gasba et de bendir les airs traditionnels d'une région qui court de la Petite-Kabylie jusqu'aux Aurès, massif souvent insoumis des Berbères Chaouis.

Mais, c'est en arrivant en France, où elle devient infirmière, que Souad force son talent en signant en 2007 son premier album. Un chant poignant qui revisite les patrimoines sétifien et chaoui, mais aussi celui du Sahara, terre fameuse pour ses épopées héroïques et ses récits d'amour déchirants. Les chansons de ce disque ne sont pas toutes des tubes, mais constituent toutes un bel aperçu, une promenade rêveuse qui, dès le premier morceau, file des bouffées de nostalgie, une plongée émouvante dans une culture riche, diversifiée, et toujours d'actualité.

Par Bouziane Daoudi

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