Alèmu Aga - Ethiopiques 11 - The Harp of King David (2001)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/05-15/alemuaga_kingdavid_front.jpg Ethiopiques 11 - The Harp of King David par Alèmu Aga 3307518223226

Pour les orthodoxes d’Ethiopie, la bèguèna évoque la lyre antique sur laquelle chantait le roi David. Les louanges hypnotiques d’Alèmu Aga en perpétuent le son atypique : un voyage sensoriel aux confins de de la musique ethnique et du mythe.

"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Ethiopiques 11 - The Harp of King David

Date de parution: 
2001
Réf
types de supports: 
CD
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L'histoire d’Alèmu Aga débute de façon un peu fortuite dans les années 1960, à une époque où ses parents habitaient un faubourg d'Addis-Abeba. Un jour s'installe dans la maison voisine un alèqa du clergé chrétien orthodoxe. Ce voisin nommé Tèssèmma Wèldè-Emmanuel pratiquait chez lui la louange sur la lyre bèguèna, apanage des ecclésiastiques et de l’aristocratie abyssine. N’étant issu ni de l’un, ni de l’autre, le jeune Alèmu Aga doit à cette seule proximité son initiation à l’art hypnotique de la lyre. Au point d’en devenir, quelques décennies plus tard, un passeur de mémoire de premier ordre.

Alèmu Aga est doublement redevable à son maître Tèssèmma Wèldè-Emmanuel (1883-1992). D'une part, Alèmu a assimilé la subtilité lyrique de ce corpus bigot. Certes, l’Ancien Testament associe à plusieurs reprises la lyre au roi David. Le livre des Rois est, par exemple, disert sur le pouvoir de son instrument : « Toutes les fois que l’esprit malin envoyé du Seigneur se saisissait de Saül, David prenait sa harpe et en jouait ; et Saül en était soulagé ».

Ignorée dorénavant du rite orthodoxe abyssin, puis exclue de la diffusion à la radio éthiopienne, la lyre est pratiquée entre croyants hors des églises, pendant l'Avent ou le Carême. Le répertoire pieux de ces ecclésiastiques combine cantiques, ritournelles et poésies de la composition de l'interprète, avec une pointe assumée de sagesse populaire. L'ambivalence des textes, bien souvent moraux, joue à plein sur le double-sens répandu des chansonniers éthiopiens.

D'autre part, le vieux maître peut se prévaloir d’avoir transmis à Alèmu une technique instrumentale véritable. Sans plectre, les cordes de la bèguèna se pincent en arc-boutant la pulpe des doigts entre les cordes doublées. Cet effet percutant aidant, les doigts arpègent par trains de saccades les intervalles pentatoniques répondant au chant. La sonorité sourde de l'instrument ne dénie pas son origine antique, que les Ethiopiens situent, dans leur pays, au règne de Ménélik 1er. Contrairement au krar des bardes azmari, tout l'art de l'instrumentiste consiste ici à fracasser l'onde pincée du boyau en un frisement final sur les lanières de cuir qui enserrent les cordes. Une sensation étrange à chaque note, rêche, qui n’est pas sans évoquer l'azâwân maure.

Au quotidien, Alèmu ne quitte plus sa lyre. Elle trône dans sa boutique du quartier commerçant de Piazza, à Addis-Abeba. Aux arpèges de l’instrument répondent ses psalmodies susurrées : Alèmu, grâce à Dieu, s'avère excellent chanteur. Dans le grésillement anxiogène des cordes, l’intelligible point de ces strophes ordonnées (Mèdinanna zèlèsègna). Un réconfort pour l’auditeur en peine de musicalité.

A la disparition de Dèmissié Dèsta – dit Dèmissié « Bèguèna » –, Alèmu Aga devient la référence du genre. Il attire l’attention de l'ethnomusicologue Cynthia Tse-Kimberlin, qui l’enregistre pour la première fois sur Ethiopie III : Trois traditions de cordophones (UNESCO, 1972). En 1994, Jean-Christophe Meissonnier et Alain Weber l'enregistrent à leur tour en France. Ce sera l'album The Harp of King David (Long Distance, 1995), dont Buda Musique réédite ici intégralement les pistes, les traductions et la présentation par Francis Falceto dans un nouveau packaging aux illustrations inédites.

Cet album, certes dépareillé avec ses pairs de la collection Ethiopiques, est avant tout une expérience sensorielle inédite. Inspiré, Francis Falceto exprimait dès 1994 cette singularité avec justesse : « Méditative, dévotionnelle ou édifiante pour les uns, simplement planante pour d'autres, la musique de bèguèna est certainement une expérience extrémiste pour les oreilles occidentales. »

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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