Ahmed El Kalaï - Collection grands interprètes méditerranéens - Ahmed El Kalaï (2005)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/03-14/ahmedelkalai_front.jpg Collection grands interprètes méditerranéens - Ahmed El Kalaï par Ahmed El Kalaï EC 1915

A l’épreuve du récital instrumental, le luthiste tunisien Ahmed El Kalaï se révèle en précurseur des grands solistes contemporains, notamment par ses pièces modernes expressives (mazufa).

label: 
"Médias > Musique"
EUR 16
Type de produit: 
Album

Collection grands interprètes méditerranéens - Ahmed El Kalaï

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Date de parution: 
2005
Réf
types de supports: 
Digipack
EC 1915
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Quel tableau « méditerranéen » du luth oud, à l'heure où Bashir, Joubran et consorts ne peuvent plus ignorer une scène désormais globalisée ? Echappé des ensembles à cordes, le son rond du luth aspire à une seconde vie. Une vie où les albums solos sont des miroirs intransigeants.

Pour cette première anthologie de la Collection grands interprètes méditerranéens, le choix de Kyriakos Kalaitzides s'est porté sur le concertiste tunisien émérite Ahmed El Kalaï. Un choix en clair obscur : à la croisée du malouf tunisien et de ses emprunts ottomans subtils, El Kalaï a affuté de longue date (il est né en 1936) son oud à l'ombre de l'imposant ensemble de la Radio tunisienne. Elève du virtuose Ali Sriti, le luthiste a aussi taquiné l’oud arbî (Tunisie) et le bouzouq (Liban), qui ont notablement enrichi son jeu classique. Autant d’aspérités potentielles sur cette personnalité prestigieuse de la scène orchestrale de Tunis.

Entre deux taqsims lisses, pas moins de cinq pièces de forme moderne mazufa, composées pour l'essentiel dans les années 1950 : Al-Qalb al-hâ’ir, Al-Ahd al-jadîd, Al-Rabî, Sibâq al-khayl, et Saîda sont des fresques figuratives, où le cœur du compositeur, fébrile, bat avec une expressivité redoublée. Œuvres courtes, où les volutes du jeu transgressent les formes classiques, mais pas les modes.

Ni méditation, ni démonstration ici mais plutôt un foisonnement de thèmes, souvent au trot souple et rapide. Bondissements félins inhabituels, que le public occidental ne retrouvera que quelques décades plus tard chez les luthistes contemporains, tels que Naseer Shamma. Son Al-'Amiriyya figuratif, par exemple, résonnera d’une innovation qui n’en était donc pas une (cf. Le luth de Bagdad, IMA, 1999). Sur Sibâq al-khayl, relever par exemple la démultiplication acrobatique de thèmes pour un seul luth, figurant les différents chevaux.

Quant aux taqsims, le luthiste ingénu en a choisi des motifs convenus, qu'il habille parcimonieusement d'ornementations (Taqsim Râst). Guettant la transgression ou la surprise, l’auditeur se contente ici de fantaisies sages. En luthiste éclairé, Kalaitzides a pris un plaisir manifeste à disséquer dans le livret cette concaténation d’audaces avant tout techniques : trémolos, accords plaqués aux échos de flamenco, intervalles inhabituels ou encore unisson repris à l'octave, telle qu'on la pratique au luth bouzouq et au saz.

Lorsque leurs thèmes répondent en polyrythmie au thème de la corde basse, les Taqsim Nahawand et Taqsim Hijâz kâr kurdî prennent eux-mêmes de faux airs de fugue. Plus original encore, les clins d'œil intermittents à la guitare flamenco redorent de façon intermittente nombre de ces taqsims d'un vernis hispanisant (Taqsim Nahawand, Taqsim Hijâz kâr kurdî).

Une harmonie à la fois savante et sage, à l'image de l'introduction de Al-Rabî par le Taqsim Bûsalik Nawâ classique. Le reste est ensuite affaire d'enchainements astucieux. En deux mots, l'exercice d’anthologie prend un tour de récital habile au toucher indiscutable. Les inconditionnels du luth le goûteront fugitivement sur le mouvement lent de Al-Rabî ou encore sur les introductions du Taqsim Bûsalik Nawâ ou de Sibâq al-khayl.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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