Adîb Al-Dâyikh et l’Ensemble Al-Kindî - L’amour courtois (2002)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/02-14/adibal-dayikh_amour_courtois_front.jpg L’amour courtois par Adîb Al-Dâyikh et l’Ensemble Al-Kindî 794881640324

Accompagné des instrumentistes d’Al-Kindî, ce maître de chant d’Alep réalisait, dans les années 1990, la fusion suave des qasida érotiques et des mélismes raffinés. Un défi à la sérénité habituelle de la suite aleppine.

"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

L’amour courtois

Date de parution: 
2002
Réf
types de supports: 
Digipack
794881640324
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A la façon de son livret, on pourrait décrire ce récital de suites aleppines de manière très technique. Néanmoins, le sentiment de tarab – de l’arabe : émotion esthétique – semble définitivement le plus juste pour résumer une telle apothéose d'harmonies. Tant qu'Adîb Al-Dâyikh (1938-2001) vécut, ses concerts valaient simplement pour leur qualité émotionnelle mémorable pour le public classique du Levant. Qui s'en souvient aussi comme d'une référence vocale.

Sa technique de cantillation « uslubal tadjalli » – en arabe : prolifération de la théophanie – héritée du chant soufi, porte toutes ses promesses dans son appellation. Au long du récital avec l'Ensemble Al-Kindî, sa voix de velours se marie distinctement avec celle des solistes. Un grain doux, plus proche d’Abdel Halim Hafez que de Sabri Moudallal. Suavité asservie par une sélection exigeante de poésies amoureuses,  quasi érotiques.

Dans la grande tradition batiniste du ghazal arabo-persan, les emprunts éclairés d'Al-Dâyikh aux qasida d’Abu Al-Faraj Al-Isfahani (897-967), Qays ibn Al-Moullawwah, Al-Husni et d'autres, ont la caractéristique commune d'être des évocations particulièrement charnelles. Une crudité si proche de Farid ud-Din Attar (1119-1220), que l’auditeur se demande cette fois-ci quel pourrait bien en être le sens mystique « caché » véritable – en arabe : « batin » –.

Autre spécificité de ce récital de suite classique wasla, le duo prime ici inhabituellement sur le jeu orchestral. Ainsi, la Suite en mode bayyâtî est une joute presque exclusive pour le luth oud et la voix, de près de trente minutes. Les leyl insistants du cantateur répondent d'abord aux taqsim de Muhammad Qâdrî Dallâl. Ce luthiste, lui aussi un maître renommé d'Alep, en impose ici par un jeu feutré. Quand l'allegro amène finalement les vers d’Al-Moullawwah, le ney souligne discrètement la voix de miel d’Al-Dâyikh. « Et si Dieu a interdit le stupre dans sa religion, a-t-il jamais prohibé le baiser ? Et si, un jour, elle était déclarée illicite dans la religion du Prophète Mahomet, aime-la au nom du Messie, fils de Marie. » … pour ne citer que les vers les plus sages.

A son tour, la Suite en mode sîkâh se polarise, mais sur la flûte oblique ney. Le flûtiste Walîd Sûdâ s'en empare dès après le prélude dûlâb. Bien que notoirement influencé par le jeu des derviches mevlevi (Syrie, Turquie), son ney est pourtant particulièrement clair. Entre mélisme expressif et exigence orchestrale, il dégage une sensation de relative netteté, proche de celle du fifre. Les leyl, puis les qasida s'enlacent bientôt autour du ney avec une souplesse virtuose, pour le bonheur de l'auditeur. « Elle est belle, splendide comme une houri du paradis : s'il l'apercevait, un croyant renierait sa foi. » : tel Majnoun « l'Épris », amant éploré de l'imaginaire littéraire persan, l'apostat cède à la transgression, du moins en vers.

Enfin, c'est le cithare qanun de Julien Jalâleddin Weiss qui hante la Suite en mode râst d'un bout à l'autre. Plus enjouée, cette wasla dégage comparativement un entrain fiévreux. Loin des codes habituels du jeu à l'unisson, l'exercice est magistral : voix et qanun se répondent par moment avec un mimétisme inédit, notamment dans les déliés. Soupirs intemporels qui touchent au cœur l'auditeur.

Enregistrée près de dix-sept ans avant les ravages d’Alep, cette session donne la mesure du désastre. Le récital commémore les sommets de raffinement accumulés à l’ombre de sa citadelle fameuse. Age d’or où l'exploit individuel, reconnu, taquinait encore la wasla.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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