NoBorder 02 et sans limite, 2e partie

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NoBorder 02 et sans limite, 2e partie

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Photo Patrice Dalmagne

Après une remarquable première édition généreusement ensoleillée en automne 2011, le festival brestois est revenu du jeudi 13 au samedi 15 décembre 2012 sous un ciel plus humide, un temps conforme à la saison au pays de France où l’on parle plusieurs fois par jour de la météo.

Et puis en ce NoBorder 02, le temps, on s’en fout un peu quand tout se passe sous abri, au cœur de la métropole du Finistère détruite durant la Seconde Guerre, entre le Quartz, scène nationale, et de l’autre côté de l’avenue Georges Clémenceau, le Vauban, hôtel-restaurant-brasserie-dancing-cabaret-salle de concert et surtout lieu légendairee de Brest.

Dans la salle Méridienne aux allures fort studieuses du Quartz, NoBorder 2012 poursuit la formule heureuse de sa précédente édition, cumulant cœur (concerts et émotion), jambes (danse et convivialité) et tête (colloque et réflexion). Il faut dire que la forte participation aux tables-rondes ouvertes au public en 2011 semble encourager la perpétuation de telles conférences qui attire une moyenne de 150 auditeurs par jour en cette seconde édition.

Cette fois les deux journées du symposium du NoBorder 02 sont consacrées au patrimoine culturel immatériel de l’humanité (PCI, pour les plus pressés) avec quelques exemples à la clé pris en Mongolie, au Québec, en Guadeloupe, à La Réunion, dans les Vosges, en Auvergne ou en Bretagne, étape régionale oblige, et surtout riche et davantage mobilisée en la matière.

C’est ainsi que les initiateurs du NoBorder, le Quartz et Bretagne(s) World Sounds, collectif d'acteurs bretons des musiques du monde, ont invité des associations locales, Dastum, quarante d’existence en 2012, Drom, née en 2001, et Bretagne Culture Diversité, plus récente, à organiser une dizaine de thèmes sur le patrimoine immatériel. Des rencontres qui, indirectement, évoquent des questions de lien social, de diversité des origines, de démocratie culturelle.

Heureux hasard, fine mouche ou délit d’initié, le NoBorder 02 s’est ouvert pratiquement une semaine après l’inscription le 5 décembre 2012 par l’Unesco au patrimoine immatériel culturel humain du fest-noz. Ce bal traditionnel breton renaissant de ces cendres, il y a une soixantaine d’années, qui a fait résonner les murs et la déco délicieusement sixties du Vauban, le samedi autour de minuit, avec les vétérans du chant de Haute-Bretagne, Roland Brou, Charles Quimbert, et leur jeune compagnon Mathieu Hamon.

De leurs seules voix, les trois compères développent une sorte de concert qui n'a nullement besoin d'instruments autres que leurs vigoureuses cordes vocales. Le trio explore depuis plusieurs années toutes les facettes du chant breton tout en en repoussant les limites. Leur prestation, performance, intense, énergique, leur plaisir évident de chanter, de partager ce bonheur, a fait guincher pratiquement tout le public du Vauban.

Le cabaret brestois a accueilli dès le premier soir le trio en vogue actuellement dans le genre rencontres de haute tenue, celle du Marseillais Sam Karpienia (chant, mandoloncelle) avec le Stambouliote Ulaş Özdemir (chant, bağlama) et l’Irano-Parisien Bijan Chemirani (zarb, daff). Leur projet Forabandit, fusion puissante, inédite, entre héritage des trouvères insoumis du pays d’Oc et celui des bardes ashiks sillonnant jadis l’Anatolie jusqu’au Caucase, a filé quelques vibrations frémissantes à un public moyennement trentenaire.

Auparavant, sur les mêmes planches, un homme seul a captivé la salle avec sa vielle à roue. Musicien réputé en son domaine, Valentin Clastrier, tantôt assis, tantôt debout, tête souvent penchée sur sa machine insensée, en tire des airs hypnotiques, des vibratos confinant à la transe. Des ondes soniques détonantes, une mélodie plus tout à fait traditionnelle, plutôt un jazz rock sans âge, des effets de musique électronique aussi qui font croire que sa vielle à roue viendrait du futur.

Au Vauban, cette première soirée se termine avec un drôle de Hollandais, autoproclamé Blue Flamingo, tel le nom d’un club de nuit d’avant l’avènement de la télévision. Et pour cause : l’homme, de son vrai nom turc Ziya Ertekin, est sapé années 1930, Tintin au Congo.

Ce DJ passablement déjanté diffuse essentiellement des 78 tours, be-pop, dixieland, tempos urbains du Congo encore belge. Anachronique, Ziya pousse son goût immodéré du vintage jusqu’à mixer sur un tourne-disque 1957, précisément, branché à un ampli à lampes, faisant mériter au Vauban son nom de dancing. Comme en disait avant. Les danseurs sont ravis par cette ambiance qu’ont connue leurs parents.

Des parents qu’attirerait le Quartz, vu son public largement grisonnant venu le samedi soir se griser d’une transe spectaculaire, celle de trois derviches tourneurs syriens, tourbillonnant sur la musique de l’Ensemble Al-Kindî (qanun, ney, riqq et autres percussions). Le leader du groupe, Julien Jalâl Eddine Weiss, contenant difficilement son émotion, explique en préambule l’absence de toute nouvelle du chanteur soliste actuel de sa formation, Sheikh Habboush, maître soufi d’Alep, la seconde ville de Syrie ensevelie alors sous les bombes.

La même nuit, c’est toute une famille qui fait frémir le Vauban, entre humour, générosité et complicité. L’accordéoniste réunionnais René Lacaille, accompagné de sa marmaille, Marc (basse, percussions), Oriane (percussions, chant), Yanis (percussions, charango, batá), développe des compositions entre vigueur et tendresse, touillant parfois dans le même chaudron, maloya et séga, la gigue pimentée et la valse sucrée de son île natale, véritable mosaïque des cultures du monde.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2013-01-30

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