NoBorder 01, musique modale à Brest, 1e partie

reportage

NoBorder 01, musique modale à Brest, 1e partie

Fumeurs, buveurs, Brest est à vous. Rarement en France centre-ville concentre autant de bistrots, pubs et autres bars-tabac au mètre carré, nous filant un socialement incorrect bienvenu en ces temps de contrôle social abrutissant.

Détruite en grande partie, notamment le vieux Brest, par les bombardements alliés et reconstruite à la va-vite, la plus grande ville du Finistère connaît régulièrement de nouveaux travaux. La fameuse rue de Siam, descendant vers le port de Recouvrance, et la rue Jean Jaurès, son prolongement au nord sont aujourd’hui obstruées par la pose des rails devant accueillir le futur tramway.

Mais en ce jeudi 17 novembre finistérien, on se croirait à Toulon, premier port militaire en France avant Brest, avec un soleil digne d’un printemps varois, donnant de jolies couleurs aux jeunes matelotes remontant du cercle naval. Bel auspice pour ce jour initial de la première édition (du 15 au 17 novembre) d’un festival de troisième type, NoBorder, qui s’adresse tant aux oreilles, aux jambes qu’à la tête.

La tête, c’est un colloque inédit et qui sera biennal. Deux jours (15 et 16 novembre) d’échanges pour cette première saison sur la modalité, pour en savoir plus sur ces notes « bizarres », « fausses », qui donnent le tournis ou des boutons aux puristes de l’harmonie systématisée par la musique classique.

Jusqu’à presque éliminer de la musique populaire bretonne ses racines modales, « sauvages ». Alors que beaucoup de cultures du Sud, notamment de l’autre côté de la Méditerranée, au-delà du Sahara, et jusqu’en Asie, conservent obstinément la musique modale, malgré la très forte influence d’une culture dominante d’Occident.

C’est la quête entêtée du maître de la gwerz et du kan ha diskan, Erik Marchand, Indiana Jones moustachu de Centre-Bretagne, à la recherche de la musique modale bretonne. Il part des survivances de la modalité dans les chants et chez les sonneurs traditionnels bretons (biniou, bombarde, treujenn gaol) pour enrichir la musique populaire orale de Bretagne.

En 2001, il a créé, avec le sonneur Gaby Kerdoncuff, Drom (route, en romani) et en 2003 Kreiz Breizh Akademi (soit Académie de Centre-Bretagne) pour former de jeunes musiciens à l’entendement modal, organiser des résidences artistiques en Bretagne ou à l'étranger, invitant pour ses formations des virtuoses comme Titi Robin, Keyvan Chemirani, Karim Ziad, Ibrahim Maalouf, Rodolphe Burger, Hasan Yarimdünia…

Ainsi dans une des salles du Quartz, la scène nationale brestoise, la plus fréquentée de France, ils sont plusieurs dizaines, d’étudiants au troisième âge, à suivre studieusement les conférences données par des spécialistes originaires de divers pays. Des musicologues, ethnomusicologues, artistes (qui sont souvent les trois à la fois) qui viennent dire en gros « les musiques modales : kézako ? ».

Entre exemples pratiques et détaillés, démonstrations sonores (chants ou instruments tels les oud, flûte chinoise, lyra crétoise...), le symposium de ce NoBorder 01 (qu’y-a-t-il de plus hype que cette appellation ?) veut essentiellement répondre à ceux qui soutiennent l’existence d’une « oreille humaine », sous-entendu propre à notre espèce, qu’il y a une oreille culturelle, un apprentissage de l’entendement. Autrement dit, une diversité d’oreilles culturelles et pas une écoute unique, comme la pensée du même nom. C’est politique tout ça, non ?

Au prochain numéro, on parlera des travaux pratiques : les concerts. En attendant, on va au bar-tabac, puis le bistrot et enfin au pub, rue de Siam, connue des marins du monde entier, chantée par tant d’artistes.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2011-11-30

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