NoBorder 02 et sans limite, 1e partie

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NoBorder 02 et sans limite, 1e partie

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Photos Patrice Dalmagne

Si l’an passé le soleil était au rendez-vous, pour cette deuxième édition du festival breton : il pleut sur Brest... Et le public est là : salle comble à tous les concerts du grand théâtre du Quartz, la scène nationale la plus fréquentée de France, confirmant ainsi le grand appétit culturel et musical des Bretons, bien servis le second week-end de décembre par une vingtaine de groupes.

Le jeudi 13 décembre, ce sont Angélique Ionatos et Katarina Fotinaki qui ouvrent les festivités avec Anatoli (en grec, Orient et lever du soleil à la fois). Les voix, grave pour Angélique, légère pour Katarina, s’entremêlent et rendent à travers leur complicité un hommage élégant à la poésie des mots des Grèce antique et contemporaine.

Les doigts courent sur les cordes de la guitare acoustique de chacune des deux artistes. La rigueur des compositions de Ionatos accentue la puissance de l’interprétation. Quelques touches françaises dans l’interprétation de poésie grecque charment le public qui sera ensuite envoûté par la rockeuse du désert, Hasna el Bécharia.

Femme libre, cette chanteuse du Sahara algérien serait au Maghreb l’unique joueuse du guembri emblématique de la musique gnawa et réservé aux hommes. Avec cette basse traditionnelle ou à la guitare électrique, Hasna, épaulée par ses musiciens (derbouka, qarqabou, batterie), le timbre mat, profond, emporte l’auditoire dans un tourbillon où les rythmes de la transe gnawa tournent inlassablement.

Comme chaque soir, la nuit festivalière se poursuit en face du Quartz, au Vauban, la salle de concert années 1960, réputée en Bretagne, où nous sommes déjà vendredi 14 quand à 1 h 10 résonnent jigs et reels irlandais, musiques à danser déployées par un trio franco-irlandais à l’énergie contagieuse.

Le bouzouki survolté du vétéran Dónal Lunny (membre fondateur à Dublin dans les années 1970 du fameux groupe Planxty), l’apparente tranquillité de son jeune compatriote, Pádraig Rynne, au concertina, et les envolées de la flûte traversière du Breton Sylvain Barou transportent un public qui en demande encore. Le jeu infaillible de Rynne s’adapte aussi aux mélodies suédoises et macédoniennes, révèle une sensibilité à fleur de boutons de son accordéon lilliputien.

La soirée de vendredi 14 est très attendue. Deux des plus grandes voix du chant traditionnel breton viennent avec de nouvelles créations, Gouañv bepred (toujours l’hiver) de Yann-Fañch Kemener suivie d’Ukronia d’Erik Marchand. Deux façons de remonter le temps et de se renouveler.

Entouré d’Aldo Ripoche au violoncelle, Damien Cotty à la viole de gambe et Hervé Merlin au théorbe, l’imposant luth créé en Italie à la fin du XVIe siècle, tous en noir, baignés par une lumière minimaliste, Yann-Fañch offre à un public admirateur une rencontre personnelle entre la contemplation de la musique baroque et la profondeur sombre de la gwerz armoricaine.

Voix puissante du kan ha diskan, Erik Marchand fait, lui aussi, une autre exploration du passé, celui de la Renaissance où il introduit le chant en français du Pays gallo (est de la Bretagne). Des instruments rares, tels la lyra-viole de Philippe Foulon ou le cornet à bouquin de Benjamin Bedouin s’entendent avec le daff de Pierre Rigopoulos, le oud de Florian Baron, le violone de Philippe Le Corf pour briser les frontières entre les époques et les genres. Alors que Marchand chante des pièces courtes avec un entrain festif, malgré souvent leurs histoires tragiques.

Au cabaret Vauban, c’est un dialogue coloré et complice que mènent Yacouba Moumouni (chant, flûte peule, kamele n'goni), Boubacar Souleymane (chant, calebasse) et Jean-Luc Thomas (flûte traversière). Serendou, leur trio nigéro-breton, réalise le long des rives paisibles du Niger un voyage subtil, une balade attentive et non dénuée d’humour.

L’après midi de la troisième journée du NoBorder 02, un magnifique concert est destiné au jeune public avec Kazut de Tyr, un autre récit de voyage de trois talents imparables. La trompette du dynamique Gaby Kerdoncuff, l’accordéon de Jean Le Floc’h et les percussions d’Yves-Marie “Volant” Berthou déroulent entre Occident et Orient un itinéraire aux parfums étourdissants.

Par Jocelyne Gallais | akhaba.com | 2012-12-25

Création et répétition du projet Ukronia à Rezé au printemps et à l'automne 2011

Sylvain Barou, Pádraig Rynne, Dónal Lunny au Vauban dans la nuit du 13 au 14 décembre 2012

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