Tango y cumbia

reportage

Tango y cumbia

C’est un trou dans le temps de ce mois pourri en France. Mercredi 16 mai, la pluie a fait relâche, cédant la place à un ciel bleu impeccable, des rayons échauffants qui se couchent doucement sur la fantastique Carrière du Normandoux, au nord de Tercé, petite commune à une vingtaine de bornes au sud-est de Poitiers.

La Carrière est tout simplement une ancienne... carrière, au cœur du département de la Vienne, transformée en lieu de spectacle impressionnant, un sol immense surmonté d’un toit, entouré d’un plan d’eau et de falaises d’où les ouvriers extrayaient les blocs de pierre.

Aujourd’hui, ils (les ouvriers, pas les blocs) ne payent pas pour assister aux concerts, chorégraphies, projections de film et autres happenings programmés régulièrement en ce lieu magique, en pleine nature, conçu par l’architecte François Pin, son patron et responsable aussi du Domaine du Normandoux attenant.

Une hôtellerie prestigieuse et calme, mêlant harmonieusement classicisme et modernisme, piscine, spa, plusieurs bungalows construits sur le parc d’un manoir du XVIe siècle. On y croise des lamas, des moutons ou chèvres amenés d’Amérique Latine, terre de passion pour François Pin, et plus particulièrement l’Argentine d’où vient pour la première fois en Europe celui qui est considéré dans son pays comme le plus grand chanteur actuel de tango, Ariel Ardit.

La soirée à la Carrière est le test initial de son itinéraire sur le Vieux Continent qui le mène le jeudi 24 mai à Paris, au Cabaret Sauvage, le 25 à Saint-Jean de la Ruelle (Loiret) avant de s’envoler pour une demi-dizaine de dates en Espagne. La fraîcheur se fait sentir. On baisse les stores en bâche donnant sur le plan d’eau.

Ils sont une dizaine sur scène, costumes identiques : debout quatre violonistes dont une musicienne, une contrebasse ; assis, un pianiste et surtout quatre bandéonnistes qui développent un jeu harmonique sophistiqué, langueurs et vifs contretemps. La musique est en équilibre délicat entre le tango à l’ancienne et une manière nouvelle de l’interpréter.

Ariel Ardit penche passionnément pour le chant de l’Uruguayen ou Toulousain de naissance (en 1887 ou 1890), Carlos Gardel, semeur  d’un genre qui, après sa disparition dans un accident d’avion en 1935, va s’épanouir pleinement durant les années 1940-1955.

Ariel, lui, est né à Cordoba en 1974, une vingtaine d’années après cet âge d’or qu’il revisite avec ardeur, suite aux leçons apprises à Buenos Aires auprès de plusieurs professeurs, notamment celles du fameux Nino Falzetti, ténor du tango mais aussi chanteur lyrique. Costard bleu électrique, yeux de jeune premier conquérant, Ariel Ardit brille sur la scène de la Carrière par un charisme lumineux.

Il chante cette « pensée triste qui se danse », selon une fameuse définition de la musique emblématique d’Argentine, avec un mélange trouble de fougue et d’allégresse à la fois. Ce doux décalage évite une nostalgie stérile et donne au tango une actualité surprenante qui fait maintenant d’Ariel, le plus surdoué des interprètes de sa génération.

Au Cabaret Sauvage, il partage les planches avec Cumbia Ya!, combo d’une dizaine de musiciens de Paris, cosmopolites donc, qui, eux aussi, revisitent une tradition puissante et métisse, le rythme phare de Colombie, la cumbia.

Mené par la voix vigoureuse de Soledad Romero, clarinettiste aussi, et le chant grave du tromboniste Augusto Ramos, l’orchestre (saxo, trompette, timbales, congas, maracas, Baby-bass) instille aussi des mesures de jazz véhément dans sa rénovation des musiques populaires colombiennes, avec un  choix têtu pour la période des années 1940-1950, revue par des arrangements contemporains et audacieux.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-05-22

Ariel Ardit et Orquesta Típica interprète "Tres esquinas"

Cumbia Ya! rend hommage à Lucho Bermudez

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