Marseille, ville-monde des musiques du monde

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Marseille, ville-monde des musiques du monde

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Photo Pirlouiiiit

Pour sa onzième édition, du 26 au 28 mars 2015, Babel Med Music a vu le monde entier (ou presque) affluer en ses murs. Tant au niveau de sa programmation que de sa fréquentation, toutes deux internationales. Le terme de Babel, au sens biblique, n'a pas été galvaudé. Un monde musical et citoyen pour une manifestation mêlant à la fois les aspects professionnel et culturel. Une nouvelle réussite pour Bernard Aubert, un directeur comblé par la venue à Marseille de huit cents directeurs de festivals et de près de mille trois cents professionnels, parmi lesquels des programmateurs de concerts ou de radio, des animateurs culturels, des musiciens, des managers, des producteurs, qui veulent faire de Babel Med le vecteur de promotion de leurs spectacles. Ou qui profitent de cette occasion pour en découvrir et subséquemment en acheter. De fructueux partenariats ont ainsi été réalisés avec le Canada, l'Afrique de l'Ouest, l'Amérique latine, l'Europe de l'Est, la Catalogne ou encore la Corée de Sud. Bref une réussite en termes d'image et de fréquentation qui transforme annuellement Marseille pendant trois jours en une vitrine incontournable des musiques du monde.

Avec Jambinai, le public de Babel Med a pu entendre résonner dans ses oreilles des compositions inhabituelles. Ce groupe sud-coréen a, effectivement, livré une prestation des plus originales avec un son post-rock où se sont harmonisés les instruments traditionnels coréens et les classiques du rock comme la batterie ou la guitare électrique. Une sorte de Mogwai – influence revendiquée – « made in Korea ». Jambinai souligne la nouvelle optique des organisateurs de Babel Med. Leur volonté se situe de plein pied dans une programmation éclectique. La priorité est ainsi donnée à des groupes qui enracinés dans la tradition séculaire – sans toutefois verser dans le folklorisme – marient l'ancestralité de leurs inspirations aux sons les plus novateurs des musiques actuelles.

Songhoy Blues. Blues, un mot qui, concernant ces quatre musiciens, n'est pas vain : ils ont dû fuir Tombouctou après l’invasion du nord du Mali par les djihadistes en 2012. Ce qui ne se ressent pas dans leur musique, plutôt enjouée. Leur prestation a révélé des musiciens allègres et énergiques qui, de grooves ancestraux en riffs modernes inspirés de sons afro-américains, ont fait un pied de nez aux mollahs et à leurs interdits. Ils ont joué l'intégralité de leur premier album, le bien nommé Music In Exile – un opus qui a reçu les louanges d’artistes comme Brian Eno ou Damon Albarn –, et ils l'ont fait avec brio. A noter une version de Soubour expiatoire. Des grands en devenir, avec une attitude plus proche de celle des musiciens de rock que des musiciens issus de la tradition.

Le Babel fait voyager le public qui, des confins du Sahara, va se retrouver à Tel Aviv avec Boom Pam. Ce combo israélien a remplacé la basse par un tuba pour élaborer un surf-rock oriental empreint de sonorités klezmers, balkaniques et arabes. D’où les gracieuses interventions d’une danseuse du ventre plantureuse tout au long de leur performance. Dick Dale rencontrant 3 Mustapha 3 pour donner une idée. Bouillonnant ! Impossible de ne pas citer la déclaration du guitariste pendant leur prestation : « Nous sommes des représentants de la musique israélienne, PAS du gouvernement israélien ». On ne peut que les en féliciter... et danser sur leurs riffs iconoclastes.

Les groupes marseillais ont fait honneur à l’évènement. Avec Radio Babel Marseille, d’abord. Cet ensemble vocal avait enchanté les heureux privilégiés présents lors de la conférence de presse d'ouverture du festival. Ils ont confirmé leur aisance vocale lors de leur concert du jeudi soir. Radio Babel Marseille est un quintette – dont un « human beatbox » – qui chante a cappella ses propres compositions et celles du poète marin Louis Brauquier. Ce groupe, véritable tour de Babel musicale, chante en espagnol, arabe, français, occitan, swahili et bambara. Leur prestation les a ouverts à l'international, puisqu'ils sont d'ores et déjà programmés dans des festivals d'Europe centrale. Un cas exemplaire de retombée positive du Babel, un des objectifs des organisateurs du festival étant la promotion d'artistes marseillais à l'extérieur de la région.

Moussu T e lei Jovents ont vu, eux aussi, leur spectacle acheté pour être programmé dans divers festivals. L’inaltérable groupe phocéo-ciotaden a délivré un superbe concert à la croisée de la tradition et de la modernité, faisant revivre les grandes œuvres du patrimoine local (René Sarvil, Vincent Scotto) avec un instrumentarium atypique à base de banjo, de contrebasse, de guitare électrique et de percussions diverses. Le tout mâtiné d'humour bien évidemment. C'est ainsi que des chansons comme Les Pescadous, Adieu Venise provençale ou Miette, écrites il y a plus de quatre-vingts ans, font encore mouche tant elles paraissent intemporelles. Moussu T e lei Jovents ont donc régalé le public avec des chansons d'hier qui sonnent d'aujourd'hui, des vieilleries à la sauce « Jovents » d’une étonnante actualité.

La fusion entre musique classique et musique africaine, qui a suscité des projets au succès international tels que Lambarena Bach to Africa ou Mozart l'égyptien, connaît une résonance marseillaise avec Saïko Nata. Un groupe qui mélange habilement un piano, une kora, une contrebasse et des percussions africaines. La « vision nouvelle » – en mandingue : saïko nata – a prouvé sur scène que le piano classique pouvait se dissoudre dans les rythmes africains, et inversement, pour procurer au public un nectar auditif de grande qualité. Enfin, les DJs de Baja Frequencia et du Walkabout Sound System n'ont fait que confirmer la vitalité de la scène électro et dancehall marseillaise, poussant à danser jusqu'au dernier souffle les plus tardifs des festivaliers.

Babel Med un pari à nouveau gagné ? Avec un bilan aussi positif, dire le contraire serait être d'une mauvaise foi digne de Raimu dans la partie de carte. Son rayonnement international place Marseille dans une position des plus enviables au sein des musiques du monde. Les retombées pour la ville comme pour ses artistes sont incontestables. Bernard Aubert nous confiait vouloir faire de Babel Med Music l'équivalent marseillais, version « sono mondiale », de ce qui se fait au niveau des Rencontres Trans Musicales de Rennes pour les musiques actuelles. Là aussi une réussite pérenne. L’évènement est, de plus, un beau succès quant à la fréquentation du public, avec quinze mille spectateurs qui ont ainsi eu l’opportunité d’assister à des concerts on ne peut plus divers le temps d'un soir. Un public qui n'a pas forcément l’occasion de profiter régulièrement des musiques du monde au cours de l’année. Marseille ne peut donc se passer d'une telle aubaine. N’en déplaise aux grincheux.

Par Gilles Borgogno | akhaba.com

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