Calacas, la classe Bartabas

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Calacas, la classe Bartabas

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Photos Agathe Poupeney/PhotoScene.fr

Décidément, Bartabas est un agitateur chronique qui n'hésite jamais à bousculer les codes. Depuis vingt-cinq ans, il nous entraîne dans son monde extraordinaire et onirique. Sa dernière création, Calacas (squelette, en espagnol), s'emploie à désacraliser la mort en s'appuyant sur les traditions macabres et joyeuseuses du Mexique à l'occasion de la fête des morts célébrée au pays chaque année les 31 octobre, 1er et 2 novembre.

A Aubervilliers, pour la deuxième fois, Bartabas s'amuse depuis plusieurs mois et jusqu’au 26 février avec les croyances ancestrales précolombiennes mêlées au catholicisme des colons espagnols venus dès le XVIe siècle qui se moquent de la mort. Les deux chapiteaux en bois se dressent dans la banlieue au nord de Paris, à deux pas du métro et, contrairement à ce que l'on peut entendre parfois, sont d'un accès très facile.

Le premier édifice circulaire, le Théâtre équestre Zingaro, abrite un vaste restaurant où l’on peut goûter pour l’occasion des spécialités mexicaines comme la salade de cactus ou le pollo mole de la région d'Oaxaca. La décoration peut paraître foutraque au premier abord. Mais si on prend le temps de détailler, on y décèlerait une foule d'informations sur les créations précédentes, Tibet, Tziganes..., et actuelle. Des écrans plasma se fondent habilement dans le décor et en diffusent les images en boucle.

Il faut traverser une petite esplanade pour rejoindre le second chapiteau. Autour de la piste centrale, environ mille personnes peuvent prendre place. Au-dessus d'eux, une deuxième piste circulaire permettra le rythme soutenu du spectacle : chevaux au grand galop, carrioles et autres charrettes pour une ronde effrénée et sonore autour du public permettent au futur tableau de se mettre silencieusement en place sur la piste centrale.

Une vintaine de tableaux abordent les principaux thèmes liés à la mort au Mexique. C'est à dire les petites choses de la vie. Les cavaliers sont grimés en squelettes aux mâchoires démesurées qui claquent onomatopées et éclats de rire communicatifs.

Pas de temps mort, si l’on ose dire, dans ce voyage dans un au-delà finalement bien sympathique : des dindons, un cygne noir, un cheval couché au travers de la piste qui cuve avec son campesino, une Catrina qui virevolte, un câble d'acier permettant à la jeune écuyère de suivre la course de l’étalon, suspendue autour de la piste. Quatre fêtards bondissent à qui mieux mieux sur un destrier au galop dans cette « danse de la vie joyeusement macabre ».

Puis soudain, une charge de douze chevaux montés de marionnettes squelettiques énervées ; trois carrioles en procession pour un autre moment d'émotion... Le jeu des quadrupèdes est époustouflant. Un trot saccadé en cadence avec des percussions proches des castagnettes, marquant le somptueux amble d'un cheval élégant. La « patte » du dresseur Bartabas est indiscutable. Un grand coup de sombrero aussi à Jean-Pierre Drouet, conseiller musical de Calacas, une création équestre qui est aussi un concert de musiques emblématiques, populaires et souvent gaies.

Les airs traditionnels des différents Etats de la fédération mexicaine subliment chaque tableau. Le passage d'une petite carriole du Chiapas est marqué par la marimba, instrument traditionnel de cette région. Calacas n'oublie pas que la trova yucateca, la chanson du Yucatan sur fond de guitares, est considérée comme un véritable trésor national au Mexique, aux côtés d'autres mélodies majeures du pays. Orgue de Barbarie, fanfare (trompette, tuba, violon...), banda norteña ou musique traditionnelle d'Oaxaca soulignent magnifiquement chaque changement de plateau.

La création rend hommage aussi à des airs populaires d'Amérique hispanique, comme celui des chinchineros, une musique de rue née au Chili. A Aubervilliers, ils sont deux chinchineros qui ouvrent le spectacle. Affublés de masques, portant leurs tambours attachés dans le dos, actionnant leurs cymbales par l’entremise d’une cordelette attachée au pied, les deux hommes orchestre frappent de leurs baguettes avec une cadence sidérante, captivant incontestablement le public.

Par Jean-My Cochois | akhaba.com | 2013-02-18

Mulhouse, du 12 au 30 avril 2013, parc des expositions
Genève, du 29 mai au 7 juillet 2013, plaine de Plainpalais
Bègles, du 23 aout au 15 septembre 2013, chapiteau Zingaro

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