Arat Kilo, poids lourd de l’éthio-jazz français

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Arat Kilo, poids lourd de l’éthio-jazz français

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Photos Thierry Collet

Le Festival Live Energy a frappé fort le 6 juin au New Morning avec ce combo parisien né il y a une dizaine d’années pour devenir un groupe phare du groove éthiopien à la française, c’est-à-dire ouvert aux funk, afrobeat, rap et autre tradition mandingue.

Mardi 6 juin, le concert est annoncé à 21h. Il est plus de 21h. Et pas de concert encore. Un monsieur, âge mûr, tunique africaine teinte brique, calotte blanche, qui a « travaillé avec Fela Kuti », poursuit sur la scène du New Morning, le temple parisien du jazz, son monologue œcuménique sur l’humanité qui doit être fraternelle, le racisme qui est méchant, etc.., devant un parterre déjà convaincu. Une poignée de spectateurs dont le petit nombre semble faire paniquer le monsieur devant cette catastrophe financière annoncée.

Il est à l’initiative du Festival Live Energy, « une fête itinérante, qui aspire à réveiller les consciences à travers et au rythme de la musique, espérant ainsi rassembler l'humanité si divisée », selon sa profession de foi. Le monsieur finit par céder les planches à Arat Kilo, le groupe qui piaffe d’impatience dans les coulisses avant de débouler sur scène.

Arat Kilo, finesse de l’éthio-jazz

On sent vite chez les six comparses un appétit d’affamés pour jouer devant un public, quel que soit son nombre. Florent Berteau lance les premières mesures à la batterie et c’est Michael Havard qui mène la danse avec son saxo baryton, un outil lourd, presque sauvage, qui meugle et vrombit. Le « bruit » s’est vite installé, ensorcelant, intensifié avec les autres complices : Fabien Girard à la guitare électrique, Samuel Hirsch, basse électrique, Aristide Gonçalves, trompette, Gérald Bonnegrace, percussions, congas.

Arat Kilo enfile ainsi deux morceaux instrumentaux, un modernisme éthiopien qui a tété beaucoup de funk, avant l’apparition de la Malienne Mamani Keita, tenue traditionnelle africaine, qui s’empare du micro pour déclamer une litanie bambara avec cette voix perçante si particulière aux chanteuses mandingues. Arat Kilo a fait dépasser à l’éthio-jazz les frontières de l’Ethiopie. Entretemps, le New Morning s’est rempli au deux-tiers, faisant fi de la parité entre les genres : la gent féminine y semble plus prolifique.

Un éthio-jazz ouvert et rassembleur

Formé à Paris en 2008, en pleine éthio-jazzmania initiée par le label parisien Buda Musique à travers la collection Ethiopiques dirigée par le dénicheur de pépites Francis Falceto, Arat Kilo a donné de nouvelles couleurs au tropisme abyssinien. Des nuances cuivrées qui allient jazz, bien sûr, funk, afrobeat et quelques autres tempos sahéliens, voire des alliages fusionnels tels ceux multi-azimutés du DJ canadien ashkénaze Socalled, invité sur leur premier album paru en 2011, A Night in Abyssinia auquel participent aussi la Franco-Malienne Rokia Traoré et surtout l’un des pères de l’éthio-jazz, Mulatu Astatke, pour l’onction abyssinienne. Une ouverture que l’on retrouve sur le dernier enregistrement d’Arat Kilo, Nouvelle fleur (2016) où s’invite le rap.

Un hip hop que sublime sur l’estrade du New Morning le slameur américain de Paris Mike Ladd. Baskets, veste, pantalon et cravate noirs, chemise blanche, cet autre compère d’Arat Kilo fait monter la température de plusieurs degrés dans une salle dansante, accaparée par un groove sans répit, oublieux du quotidien, uniquement instantané. Le sourire est revenu sur les lèvres du monsieur à la tunique africaine, rassuré par cette humanité rassemblée et rieuse.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

Arat Kilo avec Mamani Keita et Mike Ladd au Festival Au Fil Des Voix sur la scène de l'Alhambra le 30 janvier 2017

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