Prix des Musiques d’Ici : des voix d’ici qui chantent d’ailleurs

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Prix des Musiques d’Ici : des voix d’ici qui chantent d’ailleurs

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Nirmāan © Patrice Dalmagne

La 11e saison (hivernale) du festival parisien Au Fil des Voix a commencé à la Saint Gildas (le 29 janvier) pour s’achever le mercredi des Cendres, la Saint-Valentin, bien commercialisée le 14 février donc, en présentant une vingtaine de concerts, comme à son habitude. Mais cette fois, Au Fil des Voix innove avec la première édition du concours dit Prix des Musiques d’Ici. Un prix qui récompense par une aide à la diffusion, un accueil en résidence et un accompagnement média, quatre lauréats, des artistes résidents en France qui interprètent des musiques du monde, d’ailleurs ou d’ici.

Une initiative lancée par le festival Villes des Musiques du Monde (20 ans d’existence déjà) de la Seine-Saint-Denis, le plus cosmopolite et le plus jeune (démographiquement) département de l’Hexagone, avec la collaboration d’Au Fil des Voix et du collectif Musiques et Danses du Monde en Ile-de-de-France, un réseau de pratiquants des musiques du monde de la région la plus prolifique artistiquement en la matière.

Les quatre formations élues sont présentées au public de l’Alhambra, à quelques pas de la place de la République, à la Sainte Marcelle, le mercredi 31 janvier. Cela débute avec Serkan Uyar, un jeune chanteur turc de basse Normandie. Une voix puissante, vigoureuse qui sait se faire fine, née en 1980 à Konya, la métropole religieuse de Turquie abritant le mausolée du Persan Jâlal ud-Dîn Rûmi (1207-1273), le plus grand poète du soufisme dont les préceptes mystiques donneront naissance à la confrérie des derviches tourneurs.

S’accompagnant au luth baglama, épaulé par un joueur de vièle kamanché et d’un percussionniste, Serkan Uyar chante avec force une tradition anatolienne aux temps lointains, notamment celle des aşıks –  du mot arabe ‘achiq, signifiant «  amoureux » –, ces bardes itinérants d’Asie mineure et d’Asie centrale dont il a hérité le savoir.

Un héritage qui lui a fait remporter quelques concours en Turquie et en Azerbaïdjan avant d’enregistrer ses premiers albums. Malgré sa maîtrise, Serkan doit encore améliorer son timbre pour lui impulser de petites subtilités, ces infinitésimales nuances qui font la marque des grands interprètes. Serkan Uyar a le temps pour parvenir à cette perfection.

Il est suivi sur les planches de l’Alhambra par un autre gagnant du Prix des Musiques d’Ici, le Projet Schinéar. Un groupe lyonnais qui réunit Maxime Vidal à la guitare, au oud, à la grosse caisse, au chant parfois diphonique et à l’humour un peu épais, l’accordéoniste et compositeur Denis Spriet, et Li’ang Zhao au erhu, la vièle chinoise. Le jeune trio joue un voyage dans les rythmes de l’Est, des Balkans morcelés à l’empire pseudo-communiste du Milieu en passant par le Moyen-Orient compliqué. Une fusion séduisante où il manque un brin d’émotion.

Le troisième gagnant, dans l’ordre de passage sur scène, du Prix des Musiques d’Ici, le combo Dakar Transe du chanteur guitariste Sény « Magou » Samb, un frais quadragénaire, pratique un répertoire nourri par la tradition ndeup de son peuple, les Lébous, clan de pêcheurs. Magou Samb et ses comparses aux violoncelle, basse électrique, batterie, percussions, produisent des compositions qui mêlent blues, folk, tempo cubain, un brin de reggae et de mbalax sénégalais sur des thèmes socialement concernés.

La véritable sensation de ce Prix des Musiques d’Ici reste Nirmāan. Un quintette explosif qui fusionne rock expérimental et tradition indienne, mené par la voix splendide de Parveen Sabrina Khan, une jeune chanteuse de mère bretonne et de père du Rajasthan, Hameed Khan, ancien du trio Erik Marchand, le vigoureux vocaliste breton, avec Thierry Robin, le virtuose angevin des cordes.

Le batteur Jean-Marie Nivaigne, le clarinettiste basse Etienne Cabaret, le guitariste Antoine Lahay et le violoniste-claviériste Pierre Droual composent une musique tantôt survoltée, tantôt tendre sur laquelle s’exprime le chant inspiré de Parveen Khan qui brasse la douceur du raga classique indien avec le rythme nerveux de ses musiciens. Un hindi rock surprenant et captivant.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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