Söndörgö à L’Haÿ-les-Roses

reportage

Söndörgö à L’Haÿ-les-Roses

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Attila Buzás et Salamon Eredics © Patrice Dalmagne

Dans l’écrin de verdure parfumé et précieux de la Roseraie du Val-de-Marne à l’Haÿ-les-Roses, le public attentif s’est laissé emporter samedi 1er juin par le coté festif, à la fois subtil et enjoué, de la musique des hongrois du groupe Söndörgö (prononcer « Shoendoergueu »).

Originaire de Szentendre, un village à forte population serbe non loin de Budapest, ils jouent depuis bientôt dix-huit ans la musique des minorités slaves du sud de la Hongrie. Fidèle à la tradition des familles musiciennes des Pays de l’Est, le groupe s’est formé en 1995 sur les bancs du lycée et se compose de trois frères : Áron, Benjamin et Salamon Eredics, leur cousin David Eredics et un ami, Attila Buzás.

En hongrois, Söndörgö veut dire « les enfants qui épient » : nom évocateur quand on sait que ces grands gamins ont poussé avec la musique de leurs parents, musiciens de Vujicsics, formation phare du revival hongrois des années 70, qui a notamment participé au projet Vent d’Est avec Miquèu Montanaro et le groupe Ghymes.

Fidèles à leur projet de faire revivre des musiques oubliées des minorités serbo-croates, les musiciens de Söndörgö représentent  le traditionnel ensemble de tambura : tenor, contre-tambura, alto, basse. Cet instrument fait partie de la famille des luths à long manche à cinq cordes pincées, dont une double, et se joue avec un plectre en écorce de cerisier. Il est né dans l’empire ottoman au 16eme siècle, puis a probablement été exporté par les musiciens turcs.

Loin des clichés, Söndörgö propose « une autre musique des Balkans » et voue une passion pour les airs et musiciens de Mohács (en particulier le tamburiste virtuose József Kovács), petite ville du sud de la Hongrie, où la tambura est l’instrument roi du carnaval des Busójárás depuis le 17eme siècle.

Le résultat est un savant et passionnant mélange de notes cristallines des tamburas, de croisements de mélodies tziganes et d’influences orientales,  sublimant délicatement les airs collectés par Béla Bartók et Thiamer Vujicsics au siècle dernier.

Tous multi-instrumentistes, les membres du groupe passent tour à tour de la clarinette au saxophone, de l’accordéon à touches piano à la trompette, de la flûte kaval à la derbouka. Les voix séduisent par leurs chants festifs, mélancoliques ou émouvants ; dans les passages intenses, étonnants de rapidité, les tamburas se répondent avec virtuosité, tandis que la flûte s’envole dans un tourbillon de notes.

Le plaisir de jouer, la joie de vivre des cinq talentueux musiciens éclatent sur scène dans une multiplicité de sourires, rires et regards complices. Le public du festival Parfums de Musique en gardera un souvenir émerveillé.

Par Jocelyne Gallais | akhaba.com | 2013-06-15

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