Roberto Fonseca en tournée française

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Roberto Fonseca en tournée française

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Photos Patrice Dalmagne

L’Afrique a toujours été très présente dans la musique du pianiste cubain Roberto Fonseca. Son attachement à la liturgie santería, symbolisé par son petit bracelet rouge et blanc dédié au dieu de la foudre Changó, transparaît tout au long de son œuvre.

Et associer Afrique et Cuba, c’est généralement se référer aux groupes ethniques qui ont alimenté la traite des Noirs : Fons (appelés Ararás à Cuba), Efik Ibo (Carabalís), Bantous du bassin du Congo (Congos), ou encore Yorubas (Lucumís, les plus nombreux et dont la religion est la plus assimilée avec la catholique).

Comme naguère son compatriote et pianiste aussi Omar Sosa, Fonseca établit aujourd’hui de nouvelles connexions avec l’Afrique de l’Ouest, tous deux en appelant aux services du joueur malien de luth n’goni Baba Sissoko et à la culture gnawa, autre syncrétisme religieux au sein de l’islam.

Les nombreux invités issus du Continent Noir du récent disque de Fonseca, Yo, laissent une admirable empreinte personnifiée par Baba Sissoko (chanteur, ambianceur et percussionniste sur l'album) pour cette tournée automnale de l’artiste cubain qui a enchanté le 8 novembre un New Morning plein comme un œuf.

Siete Rayos est le nom de Changó (Sainte Barbe dans la religion palo mayombe des Congos). C’est aussi le titre du morceau d’ouverture du concert, une pièce riche de sens et de sonorités puisqu’aux claviers et guitares électriques se mêlent voix enregistrées et live, chant griot et bénédiction de la Vierge Marie.

Un écho au « ¡Todo mezclado! (tout est mélangé !) », proclamé par le poète national cubain Nicolás Guillén, décédé en 1989, et déclamé par Fonseca dans son Son no. 6 : « Je suis Yoruba, je chante, je pleure, et quand je ne suis pas Yoruba, je suis Congo, Mandingue, Calabar ».

Le titre 80’s nous fait passer à la vitesse supérieure question tempo. Fonseca a troqué le saxophone de son vieux compagnon de route Javier Zalba pour la guitare blues-rock de Jorge Luís "Chicoy" Valdés (Arturo Sandoval, Irakere, Omara Portuondo).

Avec l’autre recrue, Yandy Martínez et sa guitare basse, on retrouve en quelque sorte le groupe Temperamento des débuts de Fonseca, lorsqu’au tournant du millénaire les accents jazz rock le disputaient au hip hop et qu’un certain Elmer Ferrer grattait la six cordes.

Arrêt sur image : Martínez, qui a joué avec tout ce qui compte dans le jazz cubain et au-delà (Klimax, Ernán et Harold López-Nussa, Interactivo, Yasek Manzano, NinetyMiles, Andy Montañez…), est le bassiste qui monte actuellement, une valeur à suivre.

Mais, c’est bien au piano acoustique que Roberto, fils de Changó, réalise les prouesses qui laissent la salle en admiration, comme avec San Miguel, un surprenant pot-pourri incluant El Cumbanchero du Portoricain Rafael Hernández.

Un thème cher au mentor de Fonseca, le regretté pianiste Rubén González du Buena Vista Social Club, qui nous conduit tout droit vers un grand solo de tumbadoras de Joel Hierrezuelo, bien soutenu par la batterie de Ramsés Rodríguez (Monsieur Dynamite, qui fera un triomphe deux morceaux plus loin).

Moment fort, moment émotionnel, moment de recueillement, Llegó Cachaíto rend hommage aux disparus Orlando "Cachaíto" López et Ibrahim Ferrer que Fonseca a accompagné les dernières années avant sa disparition. Après l’extrait de Quiéreme mucho, on revient à l’ostinato d’un piano épuré, seulement secondé par la contrebasse jusqu’à atteindre un climax par la montée en puissance de la guitare et de la voix.

Disons-le, Fonseca sait caresser le public dans le sens du poil, lorsqu’il fait reprendre notamment La Javanaise par l’assistance. Mais l’essence de sa musique est plus forte que les concessions au marketing. Quelle que soit la forme, électrique ou acoustique, centrée sur les rythmes afro-cubains (l’album No Limit) ou ouverte aux folklores des contrées les plus diverses (jusqu’aux Balkans avec le titre Bulgarian), son génie est tout simplement une évidence.

Par Didier Ferrand | akhaba.com 2012-11-14

Roberto Fonseca au Barbican, à Londres en 2012

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