Oudaden au festival des Villes des musiques du monde

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Oudaden au festival des Villes des musiques du monde

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Oudaden au Rainforest Festival en Malaisie en 2009 © El Mazned

En deux jours, la chaleur est tombée de 41 à 28° sur Agadir, la cité balnéaire de l’Atlantique marocain, réputée pourtant pour son climat relativement constant. D’ailleurs ce mercredi 22 juin 2011, premier jour de la huitième édition du festival Timitar, les essais de son, les balances dans le jargon pro, prévus l’après-midi, des groupes programmés dans la soirée ont été retardées de quelques heures dans l’espoir d’une température plus supportable. Le vendredi 24, les dieux ont été plus cléments avec… les dieux du pays chleuh, les Oudaden, le plus grand groupe amazigh du monde.

Ces Stones du Souss chantent la tradition de leur terre berbère (amazigh, chleuh) du sud du Maroc, dans un style renouvelé et vif entre banjo folk, guitare rock, bendir, tabla, tambour et derbouka sans âge. Il faut dire que la musique que leur ont léguée les anciens raïs, maîtres, de la tradition soussie reste d’une frénésie exceptionnelle dans les cultures traditionnelles, une sorte de rock du fond des temps.

Un art emblématisé par un seul homme que toute Soussie et tout Soussi de 7 à 77 ans, et même un peu moins et beaucoup plus, connaît : le trouvère Raïs Lhadj Belaïd (1873-1945), qui a grandi dans un mellah, quartier israélite, des environs de Tafraout, où il côtoie chanteurs et poètes berbères juifs et suit l’enseignement islamique au sanctuaire du saint patron des aèdes chleuhs, Sidi Ahmed ou Moussa.

Raïs Belaïd, qui a introduit le rebab monocorde dans la musique soussie, serait le premier Berbère marocain à enregistrer. Le maître est entré en studio pour le compte du label Pathé-Marconi dès 1937 à Paris où il rencontre le plus grand compositeur du monde arabe, un Mohamed Abdelwahab admiratif.

Soixante-quatorze ans plus tard, ils sont six sur l’estrade de la place El Amal, la plus grande des trois scènes du Timitar, à perpétuer avec leur propre répertoire l’héritage du barde Belaïd, l’amarg, la poésie populaire soussie où l'amour et la foi sont mêlés avec les bouleversements des mœurs et des valeurs.

Abdoullah El Foua, le leader, se tient à gauche de la scène, un peu en retrait, banjo entre les mains, turban sur la tête. Ses cinq compères campent au milieu sur les planches, lui laissant entamer le rituel, toujours le même : Abdoullah tire de ses cordes des notes aigrelettes. Sa voix s’élève dans un mawal chleuh, une complainte serpentine qui saisit les quelque 80 000 spectateurs massés à ses pieds.

Des drapeaux amazighs flottent au-dessus de la foule, méli-mélo de familles émues mais sages, de jeunesse transportée et plus démonstrative. Beaucoup n’étaient pas nés quand les Oudaden ont entamé leur crédo revendicatif en 1978, à l'exemple du protest song de leurs cousins berbères de Kabylie, en Algérie.

L'époque du revival des cultures régionales marocaines, de la protestation plus ou moins affirmée que symbolisent les arabophones Nass El Ghiwane de Casablanca et Jil Jilala de Marrakech, et chantées en chleuh par les Oudaden (mouflons) et les Izenzaren (criquets), les Beatles (de beetles, scarabées) du Souss, fondés en 1972 par Abdelhadi Igout et Aziz Chamkh (parti en 1998), toujours en activité et autre attraction régulière de Timitar.

Sur la place El Amel, Abdoullah El Foua achève les volutes vocales de son préliminaire. Ses compagnons entrent dans la danse, guitare électrisée (Larbi Boukharmous), dans tous les sens du terme, percussions vertigineuses (Ahmed El Foua, Mohamed Jemoumekh, Larbi Amhal, Khalid El Foua). Ils lui répondent en chorale enflammée.

La fièvre gagne le public. Les fans reprennent en chœur les chansons. Les Oudaden évoquent malaise social, identité amazigh malmenée pendant des décennies, alors qu’un nouveau vent de contestation souffle sur le monde arabe, et au Maroc avec le mouvement dit du 20 février. 

Dans le cadre de la 12e édition du festival des Villes des musiques du monde (du 13 octobre au 13 novembre 2011), les Oudaden viennent ce samedi 15 octobre au cœur de Barbès en parler à leur façon, forts de leur demi-millier de chansons et plus de vingt enregistrements.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2011-10-13

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