Terres de Bretagne au festival d’Ile-de-France (2e partie)

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Terres de Bretagne au festival d’Ile-de-France (2e partie)

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Photos : Yvon Ambrosi

Le 4 septembre 2011, c’est la (re)découverte en région parisienne de la jeune garde bretonne avec une demi-dizaine de formations présentées dans le cadre de la journée Terres de Bretagne au Domaine de Villarceaux, site classé dans un vallon du Val-d’Oise.

Cette ouverture du festival d’Ile-de-France, météorologiquement mitigée comme un ciel breton (cliché), donne à voir et à écouter en plein air quelques musiques ardentes comme les compositions enthousiastes de Spontus faisant brûler l’énergie de dizaines de danseurs sur le parquet de la scène Miroir de Ninon.

Alan (violon) et Youen (accordéon diatonique) Paranthoën, Erwan Bérenguer (guitare électrique) et Yann Le Bozec (contrebasse) donnent une nouvelle sonorité à la tradition du grand Ouest. Le groupe livre ses rythmes avec une spontanéité déconcertante.

Il faut dire que les quatre garçons d'Auray, Morbihan, jouent pratiquement dès l'enfance avant de se regrouper pour remporter la seconde place d'un concours inter-lycées de musique traditionnelle en 1997. Ils sont vite demandés dans les festoù noz et sillonnent ainsi la Bretagne. Le quartette, qui fut aussi sextette et quintette, part de l'écoute des anciens sur disque ou dans les fêtes pour affiner son jeu et façonner sa propre personnalité musicale.

Un style terriblement contemporain pour revivifier la tradition, notamment celle des origines vannetaises, que Spontus (terrible en français) pratique devant un public croisant deux ou trois générations ravies par cette musique faite pour les jambes et les oreilles. Surtout quand le crachin a la politesse de ne s'inviter que durant les changements de plateau.

Le Hamon Martin Quintet survient plus tard, même lieu, mêmes spectateurs, partageant cette même façon de jouer que Spontus, avec une attitude qui frise le jazz car souvent les instruments se lancent dans des échanges de haute volée, notamment les chorus entre la bombarde d'Erwan Hamon et l'accordéon diatonique de Janick Martin, tous deux du pays Redon. Duo formé en 1998 pour devenir trio avec le frère d'Erwan, Mathieu Hamon, chanteur paysan, selon son auto-définition, puis quintette avec Ronan Pellen au cistre et Erwan Volant à la basse.

Le groupe fait danser les fans sur des rythmes de ridée de Guillac, rond de Loudéac, laridé, anter-dro ou polka et des rimes gallo de belle inspiration qui touchent un plus large public. Sur la même scène, on retrouve plus tard le chanteur Mathieu Hamon, mais cette fois aux côtés de Roland Brou et Charles Quimbert, autres timbres granitiques.

Le Trio Brou-Hamon-Quimbert a remporté divers prix récompensant la finesse de son art a cappella. De leurs seuls chants gallo et en français, les trois compères réussissent à faire vibrer le parquet sous les pas fiévreux des danseurs.

Pour écouter Nolwell Korbell en compagnie de Didier Dréau (guitare) et J. C. Bocou (batterie), il faut grimper la pente verdoyante qui mène vers le château d'en haut de Villarceaux, sous le retour d'un vrai soleil d'été. Massés sur les marches de cette bâtisse droite de la mi-XVIIe siècle, les spectateurs écoutent une déclinaison rare du terroir musical breton avec la chanteuse quimpéroise, qui aurait appris le breton avant le français, l'allemand à la fac, le gallois en ayant vécu une dizaine d'années au pays de Galles et chanté au sein du groupe folk rock Bob Delyn a’r Ebillion. Et aussi le russe et le serbe.

La polyglotte parle avec un accent indéfinissable pour commenter sa prochaine chanson dédiée au Bugaled Breizh (enfants de Bretagne), le chalutier finistérien mystérieusement coulé en janvier 2004 avec ses cinq marins, probablement par un sous-marin pris dans ses filets. Guitare à la main, elle en fait une gwerz rock bouleversante, une sorte de générique de toutes les oppressions qu'a connues la Bretagne, du déni de sa langue, et des injustices d'aujourd'hui.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2011-09-13

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