L’Interceltique de Lorient, terre du fest-noz

reportage

L’Interceltique de Lorient, terre du fest-noz

C’est l’effervescence chez les cultureux du nord-ouest de l’Héxagone : le fest-noz, bal de nuit breton, a été inscrit mercredi 5 décembre au patrimoine immatériel de l’Humanité par un comité intergouvernemental de l’Unesco. Et bien sûr, tous les institutions, lieux, milieux liés aux danses et musiques traditionnelles bretonnes s’en réjouissent à commencer par l’une des plus anciennes manifestations de Bretagne, le festival Interceltique de Lorient (Fil, pour les habitués).

Depuis quarante-deux ans, le Fil met à l’honneur de chacune de ses saisons la fête de nuit (fest-noz, en VO) et la fête de jour (fest-deiz) avec des rendez-vous quotidiens et gratuits, animés par de grands groupes de la musique à danser bretonne, réunissant danseurs amateurs et professionnels pour le plaisir des gavotte, an dro, plinn, rond ou jabadao au son des biniou, bombarde, cornemuse, guitare, violon et chant aussi.

Représentant 60 % de la programmation de l’édition 2012, les événements gratuits ont attiré davantage le public que les concerts payants durant les 10 jours du festival alors qu’enviton 600 000 personnes étaient en visite à Lorient. Une baisse de fréquentation par rapport à l’année dernière certainement due à la crise économique, à une météo capricieuse alors que le Fil poursuivait sa thématique inaugurée en 2011, les diasporas celtes, avec celle de l’Acadie.

Une affiche copieuse qui rendait impossible de tout voir et imposait des choix, parfois difficiles, entre les différentes scènes du festival, sans parler du pavillon de l’Acadie devenu depuis 2004 un haut lieu d'animation qui ne désemplit pas de la journée.

Une grande soirée à l’Espace Marine était entièrement consacrée à la province canadienne avec un large panorama de ses musiques, pas toujours celtiques, allant du folk traditionnel au folk-rock, de l’acoustique à l’électrique, sans oublier la chanson. Le point d’orgue fut l’apparition d’une star de la variété qui a redécouvert ses racines acadiennes... Roch Voisine.

L’édition 2012 a aussi été celle de quelques retours inattendus tel celui d’Afro-Celt Sound System avec un spectacle démentiel, faisant suite à une prestation séduisante mais un peu longuette du nouveau personnel du groupe mythique irlandais De Dannan toujours mené par Frankie Gavin.

Le légendaire groupe breton Kern est, lui, réapparu de manière plus discrète. Kristen Nicolas n'est plus là, mais le  nouveau chanteur, Eric Menneteau, s’en est très bien tiré, sans faire faire oublier son emblématique prédécesseur et surtout que le son Kern reste toujours bien identifiable.

Les quatre membres de la mouture 1988-1994 de Carré Manchot se sont retrouvés pour proposer leur répertoire de l’époque sous le nom en clin d'œil de Breizh Ha Vista Social Club, tandis que les Diaouled Ar Menez célébraient leurs quarante ans de scènes en proposant un fest-noz le tout dernier soir du Fil.

Côté grosse cylindrée, le Bagad de Lann-Bihoué a commémoré, lui ses soixante ans d’existence avec la participation, comme en 2007, d’Alain Souchon pour son immanquable hymne à la formation de la marine française basée près de Lorient. Toujours trop peu médiatisés, le sonneur galicien Xosé Manuel Budino et l’accordéoniste basque espagnol Kepa Junkera ont célébré un mariage musical de très haut niveau qui, espérons-le, donnera naissance à un enregistrement.

Le maitre de la viole de gambe catalan, Jordi Savall, dans un Grand Théatre plein à craquer, a apporté un peu de calme et de sérénité en proposant un concert nourri de ses deux albums consacrés à la viole celtique.

On en attendait beaucoup et sans doute trop. Le nouveau spectacle de Dan Ar Braz intitulé Celebration, dans la lignée de L’Héritage des Celtes, nous a laissés sur notre faim. La formule a besoin de rodage avant d'être totalement aboutie.

Tradition oblige, les Lorientais de Djiboudjep ont clôturé le festival avec leur tour de chants de marins habituel, prenant cette année une tournure particulière en raison de la disparition en juillet dernier de leur membre Michel Tonnerre, auteur d’un bon nombre de ces chansons. Enfin dans l'enceinte du Dôme Interceltique, le trio EDF (Patrick Ewen, Gérard Delahaye et Melaine Favennec) a quatre soirs durant enchanté l’assemblée avec un récital à l’humour bien subtil et bien senti.

La performance de l’une des plus grandes chanteuses folk avec cinquante ans de carrière, la Canadienne Buffy Sainte-Marie, restera sûrement dans les annales du Fil, avec sa superbe prestation, hélas devant une assistance plus que clairsemée.

Le festival a également mis en avant des musiciens qui deviendront peut-être les têtes d'affiche de demain, comme Krismenn, déjà présent l’an dernier, qui livre un rap en breton sur un enregistrement sur ordinateur d’ukulélé, contrebasse, slide guitare et percussions vocales. Dans la même veine musiques actuelles, les Rennais d'IMG s’exprimaient, eux, en gallo (l’autre langue de la Bretagne) sur des rythmes ska, reggae et rock alternatif.

Les Asturiens de Xera ont surpris le public en proposant une musique évolutive et progressive sans jamais perdre leurs racines. Dans un registre similaire, on  peut citer la formation galloise Taran.

L’équipe Jeu à la Nantaise (onze joueurs), composée de divers acteurs des scènes traditionnelles bretonne, orientale, Europe de l’Est de la métropole de Loire-Atlantique, réussissait une fusion des genres accrocheuse, se permettant-même de reprendre Le Vent nous portera de Noir Désir avec une cadence de rond guérandais.

Le collectif des Ecossais de Treacherous Orchestra (onze musiciens aussi) produisait un répertoire instrumental fusionnant jazz, rock progressif et traditionnel et créait la grande surprise du festival où il était programmé pour ainsi dire comme tête d’affiche alors qu’il était quasiment  inconnu !

Comme d’autres grandes manifestations culturelles, le Fil a aussi son off, une programmation non officielle dans les rues à proximité des cafés et bars. Mais, au fil des ans, la formule s’est délitée car nombre d’organisateurs du off ne jouent plus le jeu en programmant des orchestres n’ayant plus aucun rapport avec l’univers celtique, mais plutôt avec la fête de la musique, et un plus grand renfort de décibels.

Parmi les formations qui maintiennent néanmoins la barre celtique, on peut citer dans l’édition 2012 Entre Terre et Mer, Kroazhent, Taran, Digresk, The Terre Neuve, les Polonais de Shannon, les Toulousains de Doolin’ sans oublier un groupe de Perpignan dont on entendra sans doute parler, Brenn Korzh qui a tout le talent pour figurer à l’affiche d’un prochain Fil, à l’exemple des formations Armens ou Wig Ha Wag qui ont réussi auparavant à passer du off au in.

Par Didier Le Goff | akhaba.com | 2013-12-11

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