9e Timitar à Agadir, 1e partie

reportage

9e Timitar à Agadir, 1e partie

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Izenzaren © Salah Mansouri

Outre les Oudaden (mouflons, en berbère), l’autre plus grand groupe amazigh du monde, les Izenzaren (criquets) est sur scène, la plus grande des trois lieux du festival gratuit, sur la place Al Amal réunissant certains soirs plus de 100 000 spectateurs, notamment une jeunesse remuante, pressée contre les barrières les séparant des professionnels et autres invités massés au bas des planches.

Des jeunes gens, presque ados, qui n’étaient pas nés quand se sont formés les Izenzaren en 1972 dans le Souss, probablement la région berbère la plus peuplée du Maroc, dans la foulée d’un mouvement mondial de revival des cultures régionales, de traditions rechapées, de musiques de résistance, de chants protestataires.

Au Maroc à l'époque, les Nass El Ghiwane, Jil Jilala le font en arabe et c'est en chleuh que le déclament les Oudaden et les Izenzaren qui se sont produit dès 1976 à Paris, à l’Olympia.

Les Izenzaren figurent les Beatles berbères, la longévité en plus, la poésie en sus, la protestation en avant. Il suffit de voir le nombre de drapeau amazighs brandis fièrement par le jeune public mercredi 27 juin à la clôture de cette première soirée de la 9e édition de Timitar, sous-titrée « signes et cultures » et « les artistes amazighs accueillent les musiques du monde », une quarantaine de groupes toutes origines confondues, venant des cinq continent pour quatre nuits de fête.

Assis, banjo entre les mains, béret sur le crâne, Abdelhadi Igout, le leader de la légendaire formation soussie égrène de sa voix grave, un peu monocorde, ses thèmes de prédilection, la déliquescence des mœurs, la perte des valeurs.

Un chant âpre, identitaire, relayé par les quatre autres « criquets », cheveux gris ou carrément blancs, avec bendir, t’bila, qarqabou, hajouj, déployant une sorte de transe qui captive les milliers de jeunes auditeurs, reprenant parfois les vers déclamés par Abdelhadi, qui pourrait être leur grand-père.

Ainsi les Izenzaren viennent de succéder sur la même scène à un autre vénérable des musiques du monde, en costume immaculé depuis des lustres, Mory Kanté. Le griot guinéen du planétaire Yéké yéké, relayé par ses deux choristes, épaulé par un balafon et surtout une remarquable section de saxos, trombone, flûte, livre un concert énergique.

Parfois s'accompagnant de sa mythique kora ou d'une guitare acoustique, en expert des scènes internationales et de la diversité des publics qu’il sait embarquer dans son exploration semi-électrique de la tradition mandingue.

Presqu’au même moment, au Théâtre de Verdure où il y a une scène en bas des gradins en dur mais point de verdure, à trois ou quatre cents mètres de la place Al Amal, Abdellah Oumbadougou, porte, lui autre une culture berbère, celle des touarègues du Niger.

Tenue traditionnelle, guitare acoustique, entouré de trois autres, une batterie, l’ancien chef du groupe Desert Rebel chante la liberté, l’exil qu’il a vécu pendant des années en Algérie, suite au soulèvement touarègue dans les années 1990.

Une voix fine, ample remarquablement accompagnée par des guitares qui se tordent quelque part entre tradition méditative touarègue et arpèges rock. Abdellah scande son chant tel un hymne à la fraternité amazigh que les chleuhs d’Agadir ont très bien compris, vue la chaleur de l’applaudimètre qui l’a accueilli.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-07-11

Le concert d'Izenzaren sur la place Amal à Agadir retransmis par la télévision marocaine.

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