La Nuit des Griots

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La Nuit des Griots

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Photo Patrice Dalmagne

Il est près de vingt heures ce samedi 7 septembre, et une longue file d’attente s’étire sur le trottoir devant l’entrée du Trianon. En cette soirée qui sent l’automne, la Nuit des Griots ouvre le Festival d’Ile de France. Le public est venu nombreux, le grand hall du théâtre est noir de monde et de l’orchestre au troisième balcon, les retardataires chercheront désespérément un strapontin libre.

Sur scène, des chaises sont disposées, légèrement éclairées. Seul, Ballaké Sissoko fait son entrée et conquit le public dès les premières notes de sa kora. Le premier morceau est une prometteuse invitation au voyage vers l’Afrique de l’Ouest et le Mali, où les griots sont les gardiens du temps et de la parole. Incroyable musicien, tranquille et serein, le jeu clair et intense du virtuose envoute la salle.

Harpe-luth mandingue, la kora a 21 cordes : 7 pour le passé, 7 pour le présent, 7 pour le futur. Pour cette soirée exceptionnelle, Ballaké Sissoko entouré de ses musiciens, les guitaristes Moussa Diabaté et Oumar Niang, Fassery Diabaté au n’goni et NN aux percussions, accompagnent trois grandes voix du chant griotique malien. Deux heures de concerts débordantes d’émotions : « Deux heures au Trianon, au Mali, c'est toute la nuit » précisera Ballaké Sissoko, comblé par ces moments de partage, heureux d’être présent sur cette scène malgré des tracas  de passeports heureusement réglés à la dernière minute.

Tour à tour, le grand chanteur malinké Kassé Mady Diabaté, en tenue traditionnelle, la diva Babani Koné et la juvénile Tata Diabaté, entre chant et narration, entrainent un public alerte et participatif. Sous les doigts de Bassekou Kouyaté, le n’goni devient un  instrument au jeu délié, teinté de multiples influences rock, blues, latino, accompagnant subtilement la kora du maitre. Les rythmes lancinants, le boubou coloré de Babani Koné, les longs pendentifs de Tata Diabaté tournoient sur scène sous les applaudissements nourris de la salle.

Le violoncelle de Vincent Segal est venu lui aussi reprendre un dialogue intimiste avec les cordes du griot, les mélodies mandingues flirtant délicatement avec le baião du Nordeste brésilien.

Babani Koné incite le public à danser, à monter sur scène, le temps d’un final chaleureux. Après plusieurs rappels effrénés et enthousiastes, Ballaké Sissoko distillera tout simplement, dans un éclairage minimaliste, ses dernières notes de kora, offrant à une audience subjuguée le souvenir d’une soirée magique.

Par Jocelyne Gallais | akhaba.com

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