Medimex Babel musical d’Italie, 2e partie

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Medimex Babel musical d’Italie, 2e partie

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DJ Click : Photo Yvon Ambrosi

Au sud de l’Italie, près du « talon », il y a Bari, au bord de l’Adriatique, ville réputée pour son sens du commerce et où se tient chaque septembre l’une des plus grandes foires d’Europe et de Méditerranée, né il y a plus de 80 ans. Il n’y a pas donc pas de hasard si elle a accueilli l’automne passé la seconde édition du seul marché musical (international) de la Péninsule, le Medimex.

La seconde saison de ce salon professionne, et de festival —qui ne dit pas son nom alors que le marché propose au public une vingtaine de concerts sur quatre scènes—, a eu lieu du 30 novembre au 2 décembre 2012, sous un climat clément. Cela se passe dans un no man’s land décourageant, occupé essentiellement par le bâtiment de la Fiera del Levante (Foire de l’Orient), bref, le parc des expositions local.

On conseille avant d’aller suivre les concerts à la Fiera de se sustenter en ville, notamment dans le centre historique aux rues étonnamment rectilignes pour une vieille cité méditerranéenne —les casse-croûte et vin proposés sur le site du Medimex par un comptoir proclamé prétentieusement restaurant sont une injure à la gastronomie italienne vu leur rapport qualité (infâme)-prix (salé).

Un ratio radicalement inverse en matière de concerts de musiques du monde, de rock, de pop, de rythme électronique, de jazz et autres fusions déroutantes, à l’exemple de celle, décalée, facétieuse de Magnifico. Transfuge de la scène rock d’ex-Yougoslavie, ce citoyen de Ljubljana, Slovénie, looké rockabilly, déploie le vendredi, à l’heure du crime, son forfait, chapardant dans le rock, le funk, le twist, des mesures qu’il applique soigneusement aux traditions balkaniques.

Robert Pešut, alias, Magnifico, icône en son pays frontalier de l’Italie, est reçu en territoire ami où ses compositions à base guitare, batterie, basse, violon, sax, clarinette, trompette, sont appréciées tout comme la saveur de son chant anglais à l’accent pays de l’Est forcé. Un trait d’humour qui lui fait tourner en dérision les racisme, sexisme, machisme, homophobie, sans être politiquement correct, mais salutairement incorrect.

Dans un tout autre registre, samedi après-midi, le frêle et doux Djamchid Chemirani est entouré avec tendresse de ses enfants instrumentistes Keyvan, Bijan et Maryam au chant, une voix tenue, variée. La tribu transpose les festivaliers dans un salon de musique de Téhéran à l’ancienne, à l’époque des mélomanes mécènes du Grand bazar.

Le maître des zarb et daff, Djamchid, son fils Keyvan frappant sur les mêmes outils plus le udu, la jarre idiophone nigérienne, et le second fils Bijan pinçant les six cordes de son tanbur portent les poèmes des plus grands penseurs soufis persans que déclame Maryam avec une intensité de possédée.

Vers la fin du show, il n’est plus question de musique de salon méditative, tant la famille franco-iranienne fait monter la température de plusieurs degrés, accélérant son jeu, tout en gardant les nuances de son héritage. Ce radif, ce corpus musical savant et populaire composé de centaines de motifs mélodiques qu’il faut connaître sur le bout des doigts avant de se lancer dans l’improvisation, la liberté.

A Bari, la tradition iranienne prend des allures de musique urbaine contemporaine. Le clan Chemirani faisant fi des qualitatifs idiots d’authenticité, de pureté accolés trop souvent à la tradition ; le public lui en rend grâce par une standing ovation longue et émouvante.

En soirée, une autre tradition mystique est transfigurée. Le chanteur franco-marocain Aziz Sahmaoui détourne avec son guembri la musique psychothérapeutique gnawa en un groove profane, mais tout aussi lessivant après une transe infernale menée avec son groupe University of Gnawa (kora, guitare acoustique, basse électrique, synthé, qarqabous). Une réussite qu’il ne retrouve pas quand il se lance dans l’exploration du chaâbi, le genre, largement urbain malgré ses racines rurales, le plus plébiscité du Maroc.

La nuit se poursuit et se finit avec DJ Click et sa nouvelle aventure, tentée au Rajasthan d’où le globe trotter et producteur parisien ramène une création, Click Here. Lui aussi refaçonne une tradition sans âge tout en lui gardant son cachet originel. DJ Click réussit à impulser un rythme à la fois rajasthani et électro à un standard de la chanson sarde, chanté par Valentina Casula, relancé par la voix indienne d’Amrit Hussain, au tabla aussi.

A Bari, on prendrait la Sarde Valentina pour une artiste traditionnelle tzigane pour son look balkanique. DJ Click semble prendre un malin plaisir à brouiller les frontières, les certitudes, tout en restant proche des racines des traditions qu’il manipule. Il renoue parfois quelques fils quand il fait jouer le violon et le saxophone des tziganes roumains Serioja et Tudorel Mihai. Un juste retour des choses : le Rajasthan serait la terre ancestrale de tous les gitans du monde.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2013-02-10

Chemirani's en concert au Médimex à Bari le 1er décembre 2012

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