Les Escales de Saint-Nazaire 2012, 1e partie

reportage

Les Escales de Saint-Nazaire 2012, 1e partie

Ils ne veulent pas partir. Après plus de 1 heure et demie du matin clôturant les concerts de la dernière nuit du festival et un petit vent commençant à rafraîchir le port, des milliers de spectateurs traînent des pieds pour quitter le site, un peu frustrés, sur leur faim, ou plutôt sur leur soif (des centaines d’hectolitres de bière et mojito coulant dans les veines) que cette 21e édition des Escales de Saint-Nazaire ne semble pas étancher.

Visiblement, les deux soirées (les 3 et 4 août) de la grande manifestation musicale des pays de la Loire restent insuffisantes pour satisfaire la demande de musique et de fête de la quarantaine de milliers de participants qu’attire le festival, qui pourtant propose sur ses cinq scènes, presque toutes en plein air, disséminées entre anciennes criée et base sous-marine allemande, une trentaine de shows, le plus souvent relevés.

A l’exemple de celui du vétéran américain sur la scène Parc des Expositions, la plus importante du port, en ouverture de la nouvelle saison nazairéenne, le zazou zoot suiter (pléonasme) Kid Creole et ses nouvelles noix de coco, Coconuts. A savoir celles de ses coco-girls, trois blondes à la plastique playmate qui se trémoussant au-devant des planches en bikini à paillettes alors que derrière elles un combo impressionnant livre un concentré millimétré de jazz, funk, calypso, rock, pop, reggae et autres tempos latinos, porté remarquablement par des cuivres étincelants.

En costumes mauve et en entertainer accompli, le Kid du Bronx chante avec ce mélange inimitable de désinvolture dandy et d’espièglerie complice, donnant vite la hot température d'un festival appréhendant cependant les caprices du ciel au-dessus de l’estuaire de la Loire. Les Escales commencent donc par un coup de chaud.

On retrouve la même nuit sur la scène Estuaire la même intensité, mais dans un registre différent avec les compères Justin Adams et Juldeh Camara, entre ferveur rock et fièvre mandingue. Notamment durant la seconde partie de leur collaboration, qui remonte à 2007, baptisée JuJu, marquée par la frappe grêle du petit tambour d’aisselle tama.

L’Anglais (ex-guitariste de Robert Plant, Peter Gabriel, Jah Wobble), lui, fructifie l’héritage du Led Zeppelin, voire du punk, et le Gambien celui de sa dynastie griotique, tirant de sa viole riti monocorde une frénésie ancestrale, se souvenant du dynamisme de la scène moderne qui a fait les beaux jours du Bujumbura des années 1970 début 1980. Celle du guitariste électrique Bai Janha, fondateur des groupes Guelewar, Karantamba, pétrissant rhythm’n’blues, mbalax sénégalais et traditions gambiennes tels le bookaraboo et le sowrouba.

Auparavant, sur la scène (fermée) du Kama, c’est une certaine Inde qui étonne le public nazairien, celle du joufflu Debashish Bhattacharya avec sa guitare hawaiienne posée sur les genoux jouée en slide, le pincement caractéristique des bluesmen d’abord et ensuite folkeux américains. Mais, lui, Debashish en tire des improvisations inspirées du raga indien, à la fois conformes à cette tradition savante et déroutantes par leurs sonorités inédites, modernistes, alors qu’il est accompagné dans un registre plus ancestral aux tablas par Shubasis Bhattaccha.

Il faut dire que la saison 2012 des Escales est placée sous le signe indien avec près d’une dizaine de formations programmées plus ou moins inspirées par les musiques du subcontinent, rassemblées conjoncturellement sous la dénomination Indian Connexions. Ainsi, la décoration du port de l’estuaire est vouée aux divinités, couleurs, icones et saveurs indiennes qui font voyager sur place les festivaliers. De toute façon Saint-Nazaire est un port, donc une cité ouverte sur les airs du large.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-08-09

Juju en concert le 3 février 2012 à l'Alhambra dans le cadre du festival Au Fil des Voix

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