Festival Magic Barbès : Loukoum Underground

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Festival Magic Barbès : Loukoum Underground

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Photos Yvon Ambrosi

Raï sentimental et dub-rock psychédélique « made in Istanbul » au programme du festival Magic Barbès au FGO-Barbara le 3 avril dernier. Mohamed Lamouri, surnommé le petit prince de la ligne 2, et les BaBa Zula en mode militant ont ouvert le bal de la 8e édition.

« Va-z-y bogosse ! » Les encouragements fusent dans la salle parisienne du FGO-Barbara, remplie à ras bord en ce mardi 3 avril. Sur scène, l'Algérien Mohamed Lamouri ne ménage pas son plaisir. Le petit prince cabossé de la ligne 2 ouvre le bal pour le festival Magic Barbès. L’inviter pour la huitième édition était la moindre des choses : le métro aérien est à portée de fenêtre, l’entrée de la station Barbès-Rochechouart à moins de 50 m.

Et surtout, pour ce fan de Cheb Hasni – l'ex-roi du raï love, assassiné à Oran en 1994, à vingt-six ans – ce sont quinze années passées à chanter en sautant d’un wagon à un autre de Courcelles à Père Lachaise le synthé sur l’épaule, avant de se faire enfin repérer et sortir son premier EP. Ce soir, finie la galère, c’est lui qui tient le haut du pavé. Secondée par les musiciens du groupe Mostla, la sensation du moment s’emploie à faire taire les rumeurs selon lesquelles le raï serait mort. Sentimental, le grand public apprécie. Les pros, eux, font la moue : trop daté, trop sucré.

L’un dans l’autre, la salle est chaude pour accueillir le combo suivant : les Turcs de BaBa Zula. Et babas, depuis plus de vingt ans, ils le sont restés ! Non seulement ces allumés en ont gardé le look (cheveux longs hirsutes et grisonnants, bonnet péruvien, chemise verte sur pantalon fuchsia), mais leur musique est connue pour atteindre des sommets d’illumination cosmique.

Néanmoins, dans le contexte politique actuel, l’utopie planante du groupe s’est durcie et leur dub psyché oriental s’est fortement imprégné d’un rock radical. Le concert démarre comme du Hawkwind époque Space Ritual, avec samplers, voix gutturales, roulements de derbouka, batterie trafiquée et solos interminables de luth saz électrique. Puis, à grand renfort de moulinets et de pédale fuzz, Periklis Tsoukalas se met à exciter son oud en balançant des riffs dignes de Deep Purple.

Parti en fusée, le trio formé par les deux luthistes et le percussionniste se retrouve dès le troisième morceau à performer au milieu des spectateurs. L’esprit Peace & Love ne reprendra le dessus qu’au moment de faire asseoir tout le monde en une communion improbable. S’immerger dans le public semble être une source de grande inspiration pour Osman Murat Ertel, le leader du groupe, puisqu’il retournera un peu plus tard sur les gradins pour un ultime solo de saz hypnotique et bien perché.

Adeptes de Can comme de Mad Professor, les stambouliotes de BaBa Zula font désormais partie de l’écurie du label rhénan Glitterbeat Records auprès de groupes comme Tamikrest, Ifriqiyya Electrique, Jupiter & Okwess, Noura Mint Seymali, ou bien encore Bixiga 70, tous militants pour une  musique globale. Murat Ertel a collaboré récemment au projet Dirtmusic de Chris Eckman et Hugo Race, co-signant la plupart des morceaux de Bu Bir Ruya, le cinquième album du duo enregistré à Istanbul.

Par Stéphane de Langenhagen | akhaba.com

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