NoBorder 01, musique modale à Brest, 2e partie

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NoBorder 01, musique modale à Brest, 2e partie

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Photos : Yvon Ambrosi

Dernier soir, samedi 19 novembre, aux alentours de minuit, a lieu l’un des moments des plus émouvants de cette première édition d’une manifestation inédite quand elle mêle colloque sur la musique modale (tous les deux ans) et festival thématisé.

Par leur seule voix, Annie Ebrel et Erik Marchand font danser des dizaines de spectateurs formant une longue spirale en se tenant par l’auriculaire. Leur kan ha diskan rythme farouchement le pas des danseurs, essentiellement jeunes, dans ce fest-noz sous abris. Le cabaret du Vauban est plein comme un œuf.

En trois soirs de NoBorder 01 (du 17 au 19 novembre) et une quinzaine de spectacles, le Vauban a accueilli un millier de festivaliers encourageant cette première saison initiée par la scène nationale du Quartz dirigée par Matthieu Banvillet, Drom, l’association d’Erik Marchand dévolue à la musique modale, et Bretagne(s) World Sounds, regroupement de producteurs locaux de musiques du monde présidé par Bertrand Dupont.

Club sous brasserie et hôtel du même nom, le Vauban est une salle mythique au cœur de Brest, fidèle à sa déco 50s’-60s’ (le club, pas la ville, quoique…), séparé par l’avenue Georges Clemenceau d’un autre lieu célèbre, le Quartz, QG de ce NoBorder premier épisode avec 5 000 spectateurs pour une demi-dizaine de concerts seulement. Bref, le Quartz n’est pas la scène nationale la plus fréquentée de France pour rien.

On nous parle de « 1 200 places payantes », quelques heures avant le lancement du festival proprement dit sur les planches de la la plus grande salle du Quartz, le grand théâtre. Soit une ouverture qu’assure une douzaine de jeunes musiciens issus de la Kreiz Breizh Akademi, école de Centre-Bretagne fondée en 2003, dirigée artistiquement et pédagogiquement par Erik Marchand pour redonner toute sa place à la musique modale dans la tradition populaire bretonne.

Baptisée Kreiz Breizh Akademi 3 (KBA 3), le groupe (trompette, saxo, clarinette, bombarde, clavier, guitare, basse, harpe, qanun, batterie) soutient énergiquement les déclamations de ses chanteuse et chanteur, fort de deux années de formation à l’entendement modal.

Si tôt pliée la soirée du Quartz, il faut se rendre au cabaret Vauban où ils sont seulement trois sur scène mais dégagent un dynamisme comme s’ils étaient trois fois plus. Founé Diarra est au chant, Alhassane, l’homme qui l’a découverte, au djembé, et Kassim Sidibé au kamele ngoni, la harpe-luth préférée des jeunes musiciens de la tradition mandingue.

Danseuse et chanteuse pro dès ses dix-sept ans, Founé interprète avec une conviction contagieuse le répertoire du Wassoulou. Une région multi-ethnique du sud du Mali, connue pour ses forêts et sa richesse musicale à l’instar de celle de ses fameux chasseurs. Le Founé Diarra Trio est visiblement bien adopté par le public breton qui le connaît déjà pour sa collaboration de haute tenue avec le violoniste Jacky Molard.

Autre moment de pincement au cœur, le vendredi 18, à l’heure de la rupture du déjeuner, pause du forum sur la modalité, Erik Marchand au chant et Thierry “Titi” Robin au oud donnent presque impromptu sur les marches du Quartz, un petit aperçu d’un quart de siècle de complicité.

Le soir au petit théâtre du Quartz, Beñat Achiary et son jeune partenaire, Erwan Keravec, font montre d’une autre connivence, plus déroutante, entre les vocalises improvisées, vaguement chamaniques, du vétéran du chant basque et le prodige breton, expérimentateur foutraque de la cornemuse. Leur spectacle, Ametsa (rêve, en basque) précède celui de Giovanna Marini, autre figure tutélaire de la tradition européenne et méditerranéenne.

Souvent les chants du Quatuor Vocal Giovanna Marini sont censés faire  pleurer, mais la papesse des musiques régionales italiennes réussit toujours à en faire rire. Notamment, quand une bonne partie de la soirée est un concert de coups de griffe donnés à la rhétorique papale, au système du « haut clergé », condescendant avec le « bas clergé », trop proche du peuple, mais mieux loué par Giovanna et ses trois chanteuses.

Au Vauban, on chante les éloges au vin du soufi Omar Khayyâm (1048-1131), ceux du libertin amoureux des garçons Abou Nawas (747 ou 762-815), des poèmes d’auteurs bretons comme l’emblématique Per-Jakez Helias (1914-1995). C’est un groupe breton détonnant, Bayati, qui unit le mythique âge d’or de la dynastie abbasside à Bagdad aux terroirs musicaux du pays d’Armorique.

Cinq garçons (oud, violon, flûte, percussions) qui sertissent dans leurs compositions sans frontière la voix précieuse de Faustine Audebert et constituent une belle révélation de la nouvelle scène bretonne des musiques du monde.

Terakaft, qui leur succède, est un quatuor de trois Touaregs du Mali et d’un percussionniste français, Mathias Vaguenez. Liya ag Ablil (chant, guitare), Sanou ag Ahmed (chant, guitare) et Abdallah ag Ahmed (basse, chant) soufflent leur rock du désert, une douce transe qui fait tourner les têtes.

Samedi, l’ultime soir de ce festival sans frontière, no border en anglais, commence au Quartz avec le Duo Guichen, les frères Jean-Charles (guitare) et Fred (accordéon) précédés par leur réputation acquise en une dizaine d’années au sein du groupe mythique Ar re Yaouank. Ils réussissent à entretenir cette flamme qui fait la chaleur de leur répertoire, une musique bretonne dense, plébiscitée par un public déjà conquis.

La nuit s’achève sur des notes enlevées, une autre ardeur qui embrase les planches du Vauban avec la cadence éthiopienne du Badume’s Band, le groupe breton maboul de la belle époque du swing d’Addis-Abeba des années 1960-70.

Leur ethio-jazz (saxo, clavier, guitare, basse, batterie) accompagne la jeune voix Selamnesh Zéméné, descendante d’une communauté nomade azmarie, ces griots qui brodent leurs improvisations de mots d’or et de cire, leur fameux double sens. Energique, syncopé, leur successeur sur scène, le groupe Officina Zoé, est un remède gaillard contre l’apathie.

Cette « pharmacie » (officina en italien) de l’extrême sud de la Péninsule, où officient vigoureusement une demi-douzaine d’agitateurs, revitalise surtout la pizzica, une danse virile appartenant au répertoire de la tarentelle, à coup de chants farouches, tambourins, accordéon, guitare et violon déments.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

Espace Vauban : après les rythmes éthiopiens du Badume's Band, Annie Ebrel et Erik Marchand remettent les pendules à l'heure bretonne

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