Terres de Bretagne au festival d’Ile-de-France (1e partie)

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Terres de Bretagne au festival d’Ile-de-France (1e partie)

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Photos : Yvon Ambrosi

Cela s’est achevé par un joli grain breton. Dix minutes de pluie intense qui ont empêché Alan Stivell de poursuivre son concert et terminer en beauté cette ouverture du festival d’Ile-de-France dédiée à quelques puissants rythmes de Bretagne et conçu par le label breton Innacor. L’initiateur du revival breton a commencé son spectacle là où les autres finissent en présentant ses musiciens avant de se mettre sur le métier, tissant la trentaine de cordes de sa harpe celtique, chantant d’une voix lente et pleine une ballade émouvante.

Il est suivi par le batteur Marc Camus, le guitariste Gaëtan Grandjean, le violoniste Raphaël Chevalier. Le chant chaud du trouvère captive tous ceux qui ont osé affluer malgré un ciel incertain ce dimanche 4 septembre au beau Domaine de Villarceaux, Val-d’Oise. 70 hectares de jardins, prairies, deux châteaux, communs, pavillon et autres bâtiments classés au cœur du Vexin accueillant six scènes en plein air, curieusement non couvertes, pour présenter le copieux plateau Terres de Bretagne, près d’une centaine d’artistes venus exposer la musique celtique de France dans tous ses états.

Toutes les autres estrades sont fermées quand la star du jour se présente en clôture de la journée sur la scène du Potager, près de l’étang, la plus importante d’où Stivell déclame quatre ou cinq ballades plus ou moins enlevées avant que le torrent brusque et diluvien se déverse sur les planches, imprégnant le matériel, forçant à couper les micros. L’averse s’estompe. Alan revient avec sa seule bombarde conjurer les cieux mais le concert ne peut reprendre.

Pourtant, malgré quelques bruines et crachins intermittents, le programme s’est bien déroulé dès le début de l’après-midi avec la trentaine de sonneurs et de frappeurs du Bagad Penhars, du nom d’un quartier de Quimper, formation de plutôt jeunes musiciens classée 5cette année au championnat de Bretagne des bagadoù. Leur succède sur les mêmes planches, Dan Ar Braz, épaulé par le clavier de Patrick Peron et par le plus réputé des joueurs de uilleann pipes bretons, Ronan Le Bars.

Le vétéran du rock breton appuie davantage sur le tempo binaire de sa jeunesse que sur le rythme pentatonique de ses racines. Lançant au début de son concert « partout où on va, on emmène son temps avec soi », Dan réussit à faire passer son show entre les gouttes, notamment quand le Bagad Penhars vient mêler ses cadences claires et Ronan Le Bars les notes cristallines de sa cornemuse écossaise aux riffs serpentins de la guitare électrique de Dan pour un final en transe.

De l’autre côté de l’étang, c’est la place des fêtes. La fest deiz, fête de jour, sur un parquet alternativement mouillé et asséché au gré du cache-cache entre nuages et soleil mais bien réchauffé par les voix robustes, presque farouches de Yann-Fãnch Kemener et l’octogénaire et toujours vaillant Marcel Guilloux. A cappella, ils emboîtent les thèmes de leur kan ha diskan fringant, soutenant les pas de danse des spectateurs lancés sur le parquet dans des gavottes laridés, bourrées, scottishs et autres ronds, les yeux emplis de saudade.

D’ailleurs, les aficionados de danses typiquement bretonnes ou adoptées sont comblés tout au long de la journée par les groupes qui se succèdent sur la scène dite Miroir de Ninon, en souvenir de Ninon de Lenclos, maîtresse du marquis de Villarceaux au XVIIe siècle. L'entrée des danseurs sur la piste a commencé avec la bombarde du frais sexagénaire Pierre Crepillon et le biniou du jeune quinqua Laurent Bigot, couple de sonneurs depuis 1976 et quarante ans de musique qui les hissent parmi les meilleurs de Bretagne.

Sur la même scène, Yann-Fãnch Kemener revient en duo avec cette fois une autre célébrité du grand ouest de l’Hexagone, le puissant Erik Marchand. Un artiste qui sait nuancer le chant breton, notamment quand il interprète la gwerz de sa voix athlétique et tragique.

Un registre qu’affectionne aussi sa cadette Annie Ebrel qui anime le parquet de son timbre vigoureux avec Marcel Guilloux, la mémoire du chant breton auprès duquel elle a aussi appris, surtout le kan ha diskan. Le duo déroule ce chant à répons breton entre vigueur et grâce. Mais Annie Ebrel a montré une heure ou deux auparavant sur la scène du Potager son talent d’artiste qui sait fusionner la tradition avec le jazz rock progressif du guitariste Jacques Pellen qui reprend son expérience dite Les Séries (ar rannoù en breton).

Une création tentée trente ans plus tôt que Pellen mène à bien cette fois avec la complicité du quartet One Shot, un ensemble de musiciens issus du groupe Magma. Une histoire sans âge de dialogue entre un druide et un enfant relatée sur un enchevêtrement incandescent de guitares électriques, batterie et piano.

Sur la pente verdoyante qui mène vers le château dit d’en haut, érigé au milieu du XVIIIe siècle, la scène du Vertugaden accueille une autre rencontre de haut vol, davantage versée dans la tradition mais relue dans un langage musical actuel par cinq têtes de nœud, Pennoù Skoulm, en breton. Un collectif concentré de vieux compagnons de la musique bretonne qui rassemble l’imparable Ronan Le Bras à l’uilleann pipes, le flûtiste Jean-Michel Veillon, le guitariste Nicolas Quémener et les violonistes Christian Lemaître et Jacky Molard.

Ce dernier est aussi à la l’initiative d’une remarquable rencontre entre Bretagne et Mali, soit N’diale. Aussi surdoué au violon que l’est son frère Patrick Molard à la cornemuse, Jacky compose des thèmes où se mêlent superbement accordéon diatonique, contrebasse, saxo, djembé, kamele ngoni pour porter la voix solaire de Foune Diarra. Cette fois musique bretonne et tradition mandingue se sont alliées pour chasser les nuages. Sur le Domaine de Villarceaux, la température est brusquement remontée de plusieurs degrés.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2011-09-08

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