NoBorder #8 : déluge sonore de Brest

reportage

NoBorder #8 : déluge sonore de Brest

description: 

 

 

 

Photos Yvon Ambrosi

Cette 8e saison du festival brestois, du 8 au 16 décembre 2018, reste marquée par des musiques sans frontières, des groupes qui osent croiser des cultures plus ou moins proches mais toujours avec un talent remarquable, parfois teinté d’une pointe de malice.

Trio Lopez-Petrakis-Chemirani : la cadence infernale

Jeudi 13, le Petit Théâtre du Quartz, seconde salle de la scène nationale de Brest, est pleine. Les trois compères sur les planches enchaînent trois pièces instrumentales plutôt sereines, méditatives, des musiques sans date qui courent de l’Andalousie ancienne à la Perse tout aussi sans âge. Puis le massif espagnol Efrén Lopez, assis au milieu du trio, donne un tour de manivelle herculéen à sa vieille à roue. Un tour de poignet robuste, des doigts, qui galopent sur les touches de sa machine, forgent une cadence infernale. Ses complices, le Crétois Stelios Petrakis accélère énergiquement les crissements de son archet sur sa lyra, le Franco-Iranien Bijan Chemirani frappe vigoureusement les peaux de ses zarb et daf.

Le trio vient de faire basculer son répertoire habituellement contemplatif dans une nouvelle dimension, une sorte de heavy metal sans métal ni électricité, mais une transe bien traditionnelle. Vers la fin de leur concert soutenu et spirituel, Lopez explique l’un des derniers de leurs morceaux, inspiré par un tableau représentant le paradis, le purgatoire et l’enfer où figure dans un coin la vielle à roue, l’instrument du diable.

Yildiz : des Bretons en Asie Mineure

Ce même soir, à une chaussée du Quartz, au square Kennedy, sous un chapiteau du même nom, nouveauté de ce NoBorder saison 8, il y a un quintet breton invraisemblable. Estelle Beaugrand, longs cheveux et robe noirs, chante des complaintes et des frénésies hors du temps, répandues de Grèce à l’Asie Mineure, en version originale. Des musiques instrumentalisées par les oud, luth bağlama de Fabien Gillé, violon de Julien Lebon, derbouka, percussions riqq et daf de Gaëtan Samson, et la flûte traversière de l’incontournable Sylvain Barou. C’est Yildiz, un groupe captivant pour sa maîtrise incroyable d’un répertoire sous l’emprise multiculturelle de l’ex-empire ottoman.

Peemaï : visite iconoclaste d’Asie du Sud-Est

Avant que lui succède, sous la même guitoune, Peemaï, quatre musiciens tout aussi surprenants qui jouent une musique sans limite, une visitation iconoclaste, rock, de quelques traditions du sud-est asiatique. Les frères eurasiens Vilayleck, David (guitare électrique) et Alfred (basse électrique), Hugues Mayot (saxo, clavier) et le batteur Franck Vaillant développent des rythmes conquérants, non sans une pointe d’humour dans leurs chants minimalistes, à l’exemple du titre emblématique Peo, constitué de cette seule syllabe !

Meridian Brothers psychédéliques, Charkha chamanique

Vendredi 14 sur la scène du Grand Théâtre du Quartz, dans le même esprit border line et facétieux, les cinq Colombiens de Meridian Brothers – dont une sister, Maria Valencia aux synthé, clarinette, percussions –  retournent comme un gant la cumbia patrimoniale, salsa et autres folks latino-américains. Avec Maria, le leader Eblis Alvarez (chant, guitare), Damian (percussions), Cesar Quevedo (basse), Alejandro Forero (électronique, synthé) jouent quelque chose d’indéfinissable, un peu psychédélique, mi-ambient, demi-pop, mais toujours jubilatoire.

Plus tard sous la tente Kennedy, se produit une belle surprise, compacte, maîtresse de son art et futuriste, Charkha, le sextette breton auto-surnommé La Colère de la boue ( !), titre de leur dernier album, propose une transe sans lieu ni temps (flûte traversière, oud, saxo, contrebasse, percussions), du jazz inclassable, des rythmes archaïques, le chant aux accents chamaniques de Faustine Audebert, métamorphosée par sa récente maternité. Les frontières sont définitivement brouillées.

De Lankum à Altavoz 4tet

Samedi 15, le Grand Théâtre accueille Lankum, un quatuor de Dublin qui se joue lui aussi des frontières, celles de la tradition irlandaise, une musique folk farouchement acoustique avec un entrain souvent punk. D’ailleurs ses fondateurs, au début des années 2000, les frères Lynch, Ian (chant, uillean pipes) et Daragh (guitare, chant) ont commencé en duo psychédélique expérimental avant de rencontrer Cormac MacDiarmada (chant, violon) et Radie Peat (concertina, harmonium portatif), la chanteuse aux complaintes déclamées comme des prières. Une affliction mystique émouvante qui côtoie des envolées fiévreuses, des musiques de danse endiablées.

Plus tard sous la bâche Kennedy, un autre quartette brouille les pistes balkaniques, moyennes-orientales, jazz, psychédélisme, afrobeat et autres objets musicaux non identifiés. Altavoz 4tet, soit Jérôme Soulas (accordéon Farfisa), Patrick Gigon (batterie, objets sonores), Pauline Willerval (lyre bulgare gadulka), développe un bal indéfinissable mais toujours habilement mené qui maintient la fraîcheur du tard le soir à l’extérieur du chapiteau, filant une chaleur heureuse au public. Au fait, ce NoBorder#8, il a plu tout le temps sur Brest.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

albums relatifs
Mots cles
dans la boutique
et aussi sur akhaba.com
sur le web
Partager | translate
commentaires