Féminin Pluriel au Pirineos Sur 2014

reportage

Féminin Pluriel au Pirineos Sur 2014

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Zebda © Jorge Fuembuena

Luis Calvo peut être fier de son festival, car peu importe la taille, c'est l'esprit qui compte. Et celui qui règne ici en Aragon, tout près du col et de la frontière, vibre d'une pulsation lente, propice à la flânerie, aux rencontres et aux découvertes. En se déroulant sur deux semaines, le Pirineos Sur Festival a fait un choix radical, à l'encontre des courants actuels d'abattage culturel et du toujours plus : deux concerts par soirée, pas plus, des nuits mouvementées où l'on parle fort et vite en se faisant tout un tas de copains aux sons des DJ’s locaux, des concerts gratuits, des ateliers et même un gamelan pour s'initier à la musique indonésienne. Peu nombreux sont les festivaliers qui restent les quinze jours. Mais on y vient, on en repart, on s'y balade, pour s'apercevoir finalement qu'on y resterait bien.

Côté programmation, son éloignement d’avec les circuits hexagonaux procure l’excellente opportunité aux participants français d’éviter de voir les mêmes noms d'un festival à l'autre. A ceci s'ajoute deux bons points : la part belle faite à des musiciens espagnols plutôt rares chez nous – mais prophètes en leur pays – et une création, 14 km, fruit de l'échange avec le Festival L'Boulevard de Casablanca. Plus audacieux, le choix a été fait cette année de consacrer l'édition aux « femmes du monde » et de proposer en conséquence un plateau très majoritairement féminin, éclectique et parfois inattendu. Les très virils musiciens du groupe Zebda feront donc figure d’exception, permettant au festival de séduire le public français et de faire des Pyrénées un axe d’échange transfrontalier plutôt qu’une barrière.

Luis Calvo se désole de l'ouverture en demi-teinte : trop peu de monde, la faute à une météo capricieuse, à un vent glacial qui souffle sur le lac et vient à bout des plus motivés. Il fallait en vouloir ce soir-là pour assister aux prestations – pourtant impeccables – de Melissa Laveaux et Suzanne Vega. Cette dernière, toute en retenue et délicatesse, aligne standards (Small Blue Thing, Luka ou Tom’s Diner) et extraits de son nouvel album.

Les Espagnols auront eux gouté aux incontournables Buika ou Marinah, la chanteuse du groupe catalan Ojos de Brujo. Les révélations arriveront de la petite scène dressée au coin du mercado del mundo, le lieu de toutes les rencontres, où le festival prend ses quartiers en semaine. C’est là qu’on fera connaissance avec l’ovni musical le plus inattendu du festival, OY, duo helvético-ghanéen basé à Berlin, composé d’une chanteuse bricolant samples de voix et sonorités électro, et d’un batteur au visage masqué par une étrange coiffe en osier. Etonnant et iconoclaste, avec des textes que n’aurait pas renié le collège de pataphysique, histoires absurdes d’un univers né d’une goutte de lait – la voie « lactée » certes –, d’un type en retard à des funérailles ou de marchés africains. Bref, un beau voyage dans l’absurde.

L’autre outsider est La Yegros, étonnamment programmé sur cette petite scène, et qui nage en plein bonheur, porté par son Viene de mi, tube de l’été et des autres saisons. Le groupe argentin, surfant sur la vague de son single addictif, enchaîne depuis deux mois les dates européennes et boit le calice comme du petit lait. Malgré l’inévitable fatigue, on sent chez eux la joie de participer à l’événement et une énorme envie de jouer, toujours et encore. Tout l’album y passe. La Yegros roule autant les R que les yeux, et ne fait qu’une bouchée d’un public conquis.

Si le sort des femmes qui portent le monde comme un fardeau ne s’est livré qu’en filigrane, le petit festival pyrénéen reste cependant une valeur sûre en même temps qu’une belle bouffée d’oxygène. De quoi prendre pension en se disant qu’on y reviendra. Comme chaque année.

Par Stéphane Andrieu | akhaba.com

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