Rachid Taha au Pirineos Sur 2013

reportage

Rachid Taha au Pirineos Sur 2013

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Rachid Taha © Stéphane Andrieu

Un festival, ce n’est pas seulement une affiche aussi alléchante soit-elle. Avec la multiplicité des propositions, le succès d’une manifestation repose bien souvent sur tous les à-côtés, ces petits riens qui font tout, et parfois la différence : l’accueil, la beauté d’un site, les animations, la qualité de la restauration ; bref tout ce qui repose exclusivement sur la subjectivité du festivalier.

Le festival Pirineos Sur n’échappe pas à cette règle. Grand festival parmi les petits – à moins que ce ne soit l’inverse – le festival des musiques du monde du versant espagnol des Pyrénées jouit d’un cadre exceptionnel : des montagnes grandioses, un village typique de l’Aragon avec ses ruelles et ses maisons de pierre, un lac sur lequel vient se poser pour la vingt-deuxième année la scène de l’auditorium naturel de Lanuza.

Il flotterait presque un parfum de petit Montreux, mais les Espagnols sont bien trop cools pour que l’illusion dure longtemps. Il suffit pour s’en rendre compte de flâner sur le mercado del mundo de Sallent de Gallego et son unique allée bordée de stands, où l’on peut se restaurer – plutôt pas mal – et s’habiller – plutôt coloré –.

Mais surtout, on s’y croise, s’y retrouve, les tables envahissent l’espace, on s’apostrophe, boit un cidre trouble et amer en croquant un falafel. Les tablées se forment et se défont au gré de leurs occupants, sans compter le temps. Ce coin-là du festival vit de manière autonome, mû par son rythme propre. La petite scène du festival, y accueille les concerts en semaine et joue la carte de la découverte avec Blitz the Ambassador, les Cumbia All Stars ou Dead Combo.

A Lanuza, à deux kilomètres de là, la grande scène qui flotte sur le lac a vu passer tout ce que les musiques du monde comptent de stars : Ali Farka Touré, le Buena Vista Social Club, Salif Keita, Paco de Lucia, Emir Kusturica… Il y a eu des soirées mémorables, comme celles de Manu Chao ou d’Asian Dub Foundation ; la température grimpait tellement que certains couraient plonger dans le lac, créant une scène des plus surréaliste : une partie de l’assistance regardant un concert en faisant la planche.

Les soirées sont longues, l’Espagne est insomniaque et festive, boit pour faire la fête, à défaut d’oublier. Aux dernières notes du concert succède la bodega, tout à la fois bar immense et boîte de nuit, où l’alcool coule à flot avec un détail qui ne trompe pas : le barman n’a ici ni bec verseur ni doseur, c’est dans les yeux du client que se lit le volume qu’il doit servir. On arrête le geste d’un regard, on boit avec son voisin, on mélange les verres, tout le monde se connaît et n’a jamais eu autant d’amis que ces soirs-là.

On danse, chante, parle avec tout le monde, sans barrière de langue, les mains suffisent à faire comprendre qu’on partage le même instant. Les connaisseurs sont eux au bout du bar, où un marabout abrite « Mémé Mojito » et son fils Paco, généreux, volubiles et dépositaires du meilleur mojito du festival… servi en gobelet d’un litre !

Pas étonnant dans ces conditions que les artistes en redemandent, choyés comme des coqs en pâte et, pour certains, reviennent avec un plaisir évident.

Rachid Taha, en clôture de l’édition 2013, fête ainsi son troisième passage et fait d’emblée oublier son concert de 2010, titubant et un peu triste. Ce soir-là, le chanteur pouvait se féliciter d’avoir des musiciens sur qui compter pour assurer la ligne droite quand tout partait en courbe. On savait la passe mauvaise, elle l’était jusque sur scène.

En 2013, Rachid Taha peut prétendre au titre de « plus grand rockeur français »  dont la presse l’a auréolé. Certes, Mick Jones n’a pas fait le déplacement jusqu’ici, mais une batterie de samples remplace l’ex-Clash jusqu’à sa voix sur Algerian Tango. Il y aura bien sûr Rock el Casbah et Ya Rayah, mais le concert s’articule principalement autour d’extraits de son dernier album Zoom, tels Galbi, Now or Never, Zoom sur Oum, en alternance avec les meilleurs titres de sa carrière, de Barra Barra à Ecoute-moi camarade.

Loin du Pierrot triste de 2010, Rachid Taha cabotine, s’amuse beaucoup, fait de l’œil à la foule et savoure son rappel comme le matador les oreilles que le peuple a bien voulu lui accorder. En Espagne, tout se mérite, mais le public est généreux avec ceux qui le sont, et la nuit ne finira même pas avec le lever du jour.

Par Stéphane Andrieu | akhaba.com

Jamila interprété par Taha et son groupe le 27 juillet 2013 lors du festival Pirineos Sur

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