Les Escales de Saint-Nazaire soufflent leurs 20 bougies

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Les Escales de Saint-Nazaire soufflent leurs 20 bougies

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Photo Jaadu : Habib Hmima | Louis Vincent

Les Escales de Saint-Nazaire fêtent leurs vingt ans avec… 20 concerts. Les 5 et 6 août le public du port de Saint-Nazaire va se repaître d’une cuvée spéciale de 200 artistes, entre orchestres grands crus, millésimes et productions à découvrir. En crus classés, la bossa socialement engagée de l’ex-ministre de la Culture brésilien Gilberto Gil (vendredi 5), brièvement emprisonné en 1969 pour avoir braver la dictature militaire dans son pays, bénéficie de quatre décennies de bonification. Le vénérable et toujours vaillant saxophoniste Manu Dibango (samedi 6), soixante-dix-huit ans, a consacré plus d’un demi-siècle au makossa camerounais pour le chromer au jazz. Autre respectable et expérimentateur infatigable, l’accordéoniste René Lacaille (samedi) propose une création maloya jazz de qualité, Fanfaroné, parce que conçue comme une fanfare, un retour à l’enfance : « Quand je jouais avec mon père, il y avait dans les orchestres beaucoup d’instruments à vent. On appelle maintenant cela musique lontan à La Réunion ». D’ailleurs, le samedi est une réunion de Réunionnais (facile) où chantent aussi ses pays, le chenu Danyel Waro et la jeune Christine Salem, adeptes d’un maloya proche des sources.
Samedi est aussi un projet né en septembre 2010, une rencontre peu connue de deux anciens, celle du saxophoniste américain pionnier du free jazz Archie Shepp et du pianiste cubain funambule du latin jazz Chucho Valdès. Autre année millésime, 2006 a vu la première présentation au monde aux Escales du Jaadu, création du Pakistanais Faiz Ali Faiz et du fils d’ouvrier agricole de l’Anjou, l’internationaliste Thierry “Titi” Robin. Le qawwali fiévreux du chiite Faiz Ali à l’harmonium, considéré comme l’héritier le plus sûr du sunnite Nusrat Fateh Ali Khan (1948-1997), et les compositions nomades de Titi Robin (guitare acoustique, bouzouq, rubab), reviennent vendredi sur les quais de l’estuaire de la Loire, entre ancien marché à la criée, poste sous-marin allemand, aujourd’hui base des Escales. Autre date vouée à la reconnaissance… des connaisseurs, le 22 juin 2011, est le jour de naissance au monde d’une greffe improbable sur la plus grande scène de la 8e édition de Timitar, jeune frère atlantique des Escales, entre le Bagad de Saint-Nazaire et les Gnawas d’Agadir. Un projet à présenter vendredi et conçu entre les deux festivals comme un pont reliant une musique patrimoniale —le Bagad de Saint-Nazaire existe depuis 1953— du sud de la Bretagne avec ses cornemuses, binious, caisses claires, et un soufisme négro-maghrébin élaboré sur les terres marocaines par les descendants d’esclaves sub-sahariens, marqué par ses chants lancinants sur des rythmes graves de guembri et des claquements secs de qraqebs en métal.
Femi Kuti (vendredi) vient jouer son afrobeat pétillant, plus pop, funky, dansant, sa manière efficace d’alléger l’écrasant héritage de son père Fela (1938-1997), soutenu une dizaine d’années par la batterie de Tony Allen. Puisque l’année du Mexique en France a été pratiquement liquidée, le Mexican Institute of Sound, MIS, nous donne quelque aperçu de la nouvelle production mexicaine. Ce concept érudit de Camilo Lara, basé sur des chansons des années 1920 à 1960, fermente des ingrédients de mariachi, salsa, cha cha cha, ska, rap, électro, dub, chanson française, pour concocter un mélange gouleyant et inventif. Autre nouveauté à goûter, la production du Nantais Nicolas “Niqolah“ Seeva revenu de plus d’une année passée au Maroc à apprendre intensément le oud (et l’arabe marocain) auprès de maîtres reconnus du cru, tel Saïd Chraïbi, pour lui donner des accents électriques, l’enrichir d’inventions qui ouvrent sur futur.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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