Le violon d’Inde

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Le violon d’Inde

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Lakshminarayan Subramaniam

En Inde, il n’y a pas de hasard mais que des destinées. Lakshminarayan Subramaniam, né en 1947, a l’âge de l’indépendance de son pays. Ce n’est pas donc fortuit si la superstar du violon indien clôture ce mercredi 30 novembre cette deuxième édition du Namasté France, un festival copieux. Une série d’événements divers – musique, danse, cinéma, théâtre, arts plastiques, décoratifs, gastronomie, mode, yoga… – qui ont démarré le 15 septembre dernier dans de nombreuses villes de l’Hexagone et d’Outre-Mer, fêtant les 70 ans d’Indépendance d’un des géants de la planète et sa culture multimillénaire.

Un festival initié par l’association Namasté I.N.D.E., créée en 2011 pour renforcer les « liens historiques et amicaux depuis déjà plusieurs siècles » entre l’Inde et la France en soutenant la réalisation de nombreux projets franco-indiens dans les domaines éducationnels, sociaux, économiques et culturels. Ainsi ce Namasté France 2016 a fait venir de grands noms de la musique indienne, en fait des musiques indiennes. A l’exemple de Subramaniam, maître de l’art carnatique, la tradition savante d’Inde du Sud où il a grandi.

Il n’y a pas de hasard, puisque c’est par le Sud du sous-continent indien que fut introduit au 19e siècle son instrument de prédilection, ce violon tant associé à l’Ouest à la fois à l’élégance du classicisme et à l’envoûtement du diable. Tamoul né au Sri Lanka dans une famille musicienne, Lakshminarayan Subramaniam, que ses pairs et ses proches appellent Mani, en a fait un pont solide entre Orient et Occident, parfois une fusion. Il a joué avec des maestros du jazz et du classique tels Herbie Hancock, Stéphane Grappelli (1908-1997), Stanley Clarke, Jean-Luc Ponty, Yehudi Menuhin (1916-1999), le Philharmonique de New-York, ceux de Londres et de Los Angeles…

Médecin généraliste, connu sous le nom de Dr L. Subramaniam, le violoniste prodigieux a délaissé les soins du corps pour se consacrer entièrement à soulager les âmes, apaiser les esprits avec quatre cordes et un archet. Ses doigts développent une technique époustouflante, car ils ne produisent pas une note ou deux, à la façon occidentale, mais des ensembles de notes à la fois. Ses index et petits doigts pincent les cordes comme pour le luth vînâ, principal instrument de la musique carnatique, dont les ragas bien que structurés privilégient l’improvisation.

Mani ne se prive pas de cette liberté pour composer un style personnel qui se métamorphose secrètement, passant de la langueur ensorcelante à un déluge de sonorités vives, étourdissantes. Douceur ou frénésie, le magnétisme est toujours là. Une affaire de spiritualité, un moment d’éternité finalement.

Ce n’est pas par hasard que lui succède sur la scène de la Philharmonie de la Porte de Pantin, un couple mythique de la danse kuchipudi, Raja et Radha Reddy, interprètes extraordinaires de cette chorégraphie originaire d’Inde du Sud, exécutée autrefois essentiellement dans les temples par les seuls brahmanes dont beaucoup de prêtres.

Commençant traditionnellement par des prières et des offrandes, le kuchipudi est soutenu par une musique carnatique très cadencée alors que les danseurs alternent statures hiératiques et gestuelles fluides. Un dialogue des corps, des visages qui s’expriment sans mots, un ballet dont Raja Reddy et son épouse Radha, tous deux diplômés en chorégraphie, forment le duo le plus réputé d’Inde.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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