Huitième Babel Med à Marseille

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Huitième Babel Med à Marseille

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Badume's Band & Selamnesh Zéméné & Zenash Tsegaye © Eric Legret

A Marseille, le Babel Med (du 29 au 31 mars) est un marché de professionnels des musiques du monde. Mais sous le souk (la journée), il y a un véritable festival (le soir) où le public vient découvrir ou retrouver une vingtaine de groupes et de figures parfois emblématiques des musiques du monde, tel Mory Kanté (vendredi 30), le premier artiste africain à avoir vendu plus d’un million d’albums avec son Yéké yéké électrisant lancé en 1988 et mené par une kora mandingue survoltée.

Le griot guinéen partage la même soirée avec un prodige capverdien, rénovateur du batuque traditionnel, Tcheka, qui psalmodie sur sa guitare soyeuse des leçons douces-amères tirées de la vie qui n’est pas toujours tendre sur son archipel trop souvent déserté par la pluie.

Autre pionnier world music avant la lettre, Bonga (samedi 31) susurre de sa voix rocailleuse, reconnaissable entre mille, des histoires d’amour chagrin et pointe les travers socio-politiques de son Angola natal sur des airs de semba lascif rythmés par des congas crépitantes et des frottements de dikanza. La même nuit est diablement ambiancée par une machine à danser, le Badume’s Band breton fondu de swing éthiopien des sixties, de ses saxos hypnotiques et guitares électriques tournoyantes, un éthio-jazz sur lequel surfe le chant chaud de Selamnesh Zéméne, révélation actuelle de la scène abyssine.

La même soirée, mais dans un registre plus tempéré et méditatif, le maître iranien du kamanché Kayhan Kalhor et le Turc Erdal Erzincan, virtuose du luth baglama, invitent à une élévation de l’âme avec des mélodies d’orfèvres délicats et exigeants. Une sensibilité que l’on retrouve dans un autre genre, la musique troubadour et contemporaine du groupe guadeloupéen Soft avec le chant doux mais critique de Fred Deshayes alors que guitare et saxo revitalisent la biguine créole, et tempèrent le gwoka plus africain.

Cette huitième édition phocéenne décerne le Prix Babel Med et Région Provence-Alpes-Côte d’Azur au producteur Gilles Fruchaux, défricheur infatigable des musiques du monde avec son label Buda Musique créé à Paris en 1987. Riche aujourd’hui d’un demi-millier de références discographiques, Buda est à l’origine de la découverte planétaire de la musique éthiopienne avec la collection Ethiopiques. C’est dire que la récompense est bien méritée.

Par Dominique Dupeyron| akhaba.com | 2012-03-28

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