Soirs d’été féériques à la Carrière

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Soirs d’été féériques à la Carrière

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Photo Alexandre Bougès

Des Arabes arrivent à Poitiers. Ou plus exactement à une vingtaine de bornes de la cité où une mythologie nationale prétend que Charles Martel aurait écrasé les Sarrazins en 732. Le jeudi 30 août (2012), le chanteur et virtuose du oud libanais, Marcel Khalifé, installé depuis plusieurs lustres en région parisienne, présente  avec ses fils Rami (piano) et Bachar (chant, percussion) une création prometteuse où se croisent le maqam ancestral et la musique contemporaine.

Le chantre du progressisme arabe des années 1970, plus universaliste que le pseudo Printemps actuel et du même nom, a toujours su être novateur, à l’écoute des nouvelles générations, telle celle de ses fils dont Rami, membre d’Aufgang, trio remarquable de rock expérimental, jazz, électro et un brin de classicisme. La réunion des trois Khalifé constitue l’un des moments marquants des concerts, résidences artistiques, stages, art contemporain, cinéma, danse qu’organise la Carrière du Normandoux depuis 2008, événements baptisés Soirs d’été et débutés cette saison dès le 20 juillet.

La Carrière du Normandoux ? Non, ce n'est pas en Normandie, mais en Poitou-Charentes, sur les terres de la commune de Tercé, bourg paisible au sud-est de Poitiers, un lieu féérique au milieu d'une dense végétation, une ancienne carrière submergée par les eaux et réhabilité en endroit de spectacles. En fait, une carrière aujourd’hui où le participant se sent spectateur et visiteur à la fois car le lieu constitue aussi un attrait touristique. Cette singularité et une programmation pluridisciplinaire réussissent à fédérer un public éclectique en âge et provenance, habitants de la région, des Parisiens, touristes, professionnels.

Il faut dire aussi que la Carrière est liée au Domaine du Normandoux, une hôtellerie mêlant piscine, spa, plusieurs bungalows édifiés sur le parc d’un manoir du XVIe siècle et dont les vacanciers peuvent suivre ce vendredi 24 août les prestations de Don Nino. Un artificier de musiques indienne traditionnelle et électronique, féru aussi de folk, auquel succédera le mercredi 29 août Fritz Hauser, compositeur et percussionniste reconnu pour sa musique contemporaine et très personnelle, dont les improvisations s’inspirent du temps, de l’espace, des résonances, du visuel, sans manquer d'humour.

La clôture des événements le vendredi 31 août est confiée à un groupe habitué du lieu, l’orquesta parisienne ¡Cumbia Ya! qui, comme son nom l’indique, est dédié au rythme majeur de Colombie. Une furia où la cumbia épouse un autre swing, un jazz festif. Le couple leader de la dizaine de musiciens (saxo, trompette, timbales, congas, maracas), Soledad Romero (voix sensuelle, clarinette) et Augustos Ramos (timbre vigoureux, trombone) a la saudade de l’âge d’or de la cumbia, celle des années 1940-1950 qu’ils rénovent par des arrangements contemporains. Au-delà de son ancrage français, ¡Cumbia Ya! est désormais un nom qui compte dans le formidable mouvement de revival que vit actuellement des deux côtés de l’Atlantique le vieux rythme de bal des paysans colombiens.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-08-22

Le trio Khalifé en concert au Beirut Music and Art Festival en 2011

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