Week-end Norouz au Théâtre de la Ville

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Week-end Norouz au Théâtre de la Ville

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Abduvali Abdurasimov © Sebastian Schutyser

« Eid-e Shoma mubarak !» De Malatya à Douchanbé, le Proche-Orient et l’Asie centrale vibrent cette semaine de la frénésie millénaire de Norouz, le Nouveau jour, fête ancestrale du Nouvel An persan des Iraniens, Turkmènes, Kurdes, Tadjiks... Depuis l’ancienne religion perse, le zervanisme, remontant à 3 000 ans, cette célébration de l’équinoxe de printemps ancre à la nature en éveil, brute et sauvage, les familles irano-caucasiennes, soit 300 000 millions de personnes des Balkans aux confins de la Chine.

Une fête majeure de nos jours dans ces pays, affranchie des clivages religieux, politiques ou sociaux. Cette année, la ferveur fédératrice de Norouz souffle sur le Théâtre de la Ville, avec un programme culturel cosmopolite en deux jours. Entre l’auditorium proprement dit et le Café des Œillets, ce ne sont pas moins de trois formations traditionnelles par concert qui ponctuent les animations successives. Des projections de films documentaires sont aussi programmées.

Ni sonneurs norouz-khani, ni clowns urbains personnifiant Haji Firuz, le porteur des couleurs de la fête, ne courent les rues de Paris, mais cependant la première soirée intitulée Chants, musique et danses populaires résonne de la liesse de Norouz.

Le quatuor du golfe Persique mené par Saïd Shanbehzadeh (de Bushehr, Iran) ouvrira les festivités au son endiablé de la cornemuse neyhanban, des percussions dammâm et dayerre pour soutenir la voix d’Ariana Vafadari. Une opportunité de découvrir sur scène cette chanteuse traditionnelle sur une réadaptation inédite des textes sacrés zoroastriens, les Gathas.

Ce même soir, quatre musiciens kurdes de Turquie, Iran et Irak se réunissent pour la première fois au Théâtre de la Ville pour former Living Fire, un groupe qui préserve le patrimoine culturel du Kurdistan, « une nation sans Etat », selon le mot de leur leader Hussein Zahawy. Ils communieront très probablement en une musique de danse collective tchoupi hayler aux rythmes des zurna, dohol, daff, oud, târ.

La troisième partie accueille une troupe de cinq artistes des vallées du Badakhshan, ou le Pamir. La région du Tadjikistan culminant à plus de 4 000 mètres où les veillées villageoises combinent musiques classique et populaire, et danses traditionnelles virevoltantes qu’interprète Sâhiba Dovlatshâeva sur des cadences de daff, setâr, rubâb.

Le Café des Œillets accueille les plus matinaux, dimanche à 11 h, pour le concert intimiste d’un trio virtuose du shashmaqom tadjik, fusion de musiques préislamiques et de maqam arabe. Le Théâtre de la Ville consacre une scène complète, un salon de musique, à Abduvali Abdurasimov, as des luths sato et tanbur, révélation 2012 de cet art de cour qu’il collecte depuis plusieurs années.

L’après-midi, les amateurs de poésie persane peuvent redécouvrir paradoxes et nouvelles à travers les vers éternels du mystique Farid ud-Din Attar (XII-XIIIes siècles) : une lecture de son fameux conte soufi Conférence des oiseaux est donnée en persan par Nahal Tajadod et en français par Jean-Claude Carrière dans l’ambiance inspirée du Café des Œillets.

Atmosphère confinée aussi pour la session dite Chant du printemps, apothéose du festival, où trois ensembles classiques se succèdent. Les voix de Mohammad Motamedi et de Marjan Vadhat mènent leur sextette de jeunes espoirs iraniens avec brio pour interpréter le patrimoine sonnati sur fond de daff, kamanché, ney, târ, dohol.

S’en suivra le luth rubâb virtuose de l’Afghan Homayoun Sakhi animant un répertoire savant instrumental dorénavant habité par les ragas indiens, accompagné au tabla par Siar Hashmi. Sérénité et introspection. Enfin, un quartet titré de cordes classiques anciennes ouzbèkes (tanbur, daira, vièle) accompagnera les trémolos inspirés de Yulduz Turdieva.

La sélection musicale exigeante s’est systématiquement portée sur des talents confirmées et des découvertes de fraîche date. L’initiative d’un évènement continu et sa diversité culturelle disent toute l’ambition aiguë de cette manifestation, co-organisée par des ressortissants iraniens et caucasiens.

L’esprit familial de Norouz, ses vertus philosophiques s’expriment pleinement à travers ce carrefour. Initiative qui se prolonge naturellement par des rencontres chaleureuses dans le hall, ateliers de musique pour enfants et des spécialités culinaires pour la bonne bouche.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com | 2013-03-22

Le Tadjik Abduvali Abdurasimov, maître incontesté du sato

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