Soleils levants sur le 19ème Festival de l’Imaginaire

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Soleils levants sur le 19ème Festival de l’Imaginaire

Démarrage sur les chapeaux de roue pour le Festival de l'Imaginaire 2015. Pour sa 19ème édition, du 19 octobre au 20 décembre, le festival créé par Chérif Khaznadar s'est ouvert sur un récital d'artistes syriens exilés. Ce triple concert d'une actualité brûlante, a réuni sur scène quelques têtes d'affiche des musiques traditionnelles du Cham. On a ainsi pu entendre le bouzouq d'Ibrahim Keivo ou encore de rares chants nabatéens par la jeune luthiste Waed Bouhassoun. Une fois la salle acquise à leur cause, le « Rossignol d'Alep » Hamam Khairy et son ensemble n'ont eu ensuite qu'à fredonner leurs mélismes aleppins pour faire vibrer un parterre de compatriotes enthousiastes.

Malgré cette programmation isolée, il est difficile d'ignorer à quel point les traditions d'Extrême-Orient sont à l'honneur de la programmation dense de cette année. La semaine du 17 octobre, ce seront par exemple pas moins de trois traditions différentes de marionnettes taïwanaises qui se produiront, à plusieurs reprises, à la Maison des Cultures du Monde. Une sélection entre scénographie et musique, droit dans l'esprit de Françoise Gründ, la co-fondatrice du festival.

Parmi d'autres concerts co-organisés avec l'Année France-Corée 2015-2016, le concert de l'ensemble traditionnel coréen The Sinawi au Musée Guimet (23-24 octobre) sera un temps fort de cet évènement culturel international. Cette « année culturelle » est d'ailleurs très largement présente dans ce Festival 2015. La directrice du festival, Arwad Esber, en résume l'enjeu de la programmation : « Les grands maîtres invités (...) rappelleront que, si ce pays est à la pointe de la modernité et de la technologie, il n’en a pas moins conservé son âme, ses racines chamaniques, une esthétique empreinte d’un voile  de nostalgie, sans doute d’une pointe de tragique, en lien (...) avec son histoire récente ».

En marge du festival, la Maison des Cultures du Monde organise aussi dans ses murs le 26 novembre un vibrant hommage au professeur Trần Văn Khê (1921-2015), père de l'ethnomusicologie vietnamienne, récemment disparu. Plus que jamais, le Festival de l'Imaginaire va diffuser ses spectacles originaux et ses valeurs hors les murs. Cette année encore, il investit par exemple le théâtre Claude Lévi-Strauss du musée du quai Branly, où la danseuse coréenne Yang Sung-ok rendra, les 28 et 29 novembre, un hommage chorégraphique à la carrière de Choi Seung-hee (1911-1969), sa prestigieuse compatriote.

Au milieu de ces ambiances de matins calmes, les polyphonies des Seto d'Estonie (18 novembre), le malambo de la pampa argentine (30-31 octobre), et les balafons et percussions burkinabé de Yan Kadi Faso (7-9 novembre) sembleront un peu perdus... Ambiance de bal garantie, également, au cours des conférences — ou concerts, on ne sait pas très bien — de la doctorante Mélanie Nittis le week-end des 14 et 15 novembre. Sa conférence à 16h sera suivie, non seulement d'une projection, mais aussi d'un bal des musiciens de l’île de Karpathos (Grèce). Cornemuses tsambouna, laouto et lyra devraient assurer une ambiance festive dans la salle capitonnée de la Maison des Cultures du Monde.

Scientifiquement parlant, le colloque international Orchestrer la nation sera le temps fort du festival. Réuni les 12 et 13 novembre, son comité scientifique s'intéressera aux liens entre identité artistique et politique culturelle dans les états postcoloniaux d'Afrique, d'Amérique du Sud ou de l'Océan indien, parfois en butte à leurs identités culturelles transnationales émergentes.

A son tour, l'engagement scénographique pionnier du festival est salué cette année à l'occasion du 20ème anniversaire du premier colloque de fondation de l'ethnoscénologie. Une initiative couronnée par l’adoption en 2003 d’une Convention UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Le 25 novembre à 18h, à la Maison des Cultures du Monde, une table ronde de professionnels de la discipline dressera un premier bilan de ces deux décades autour du thème : « Patrimoine immatériel et ethnoscénologie : quelles perspectives ? ».

Scénographie, intégrité du geste musical et promotion scientifique : avec son imposante coloration japonaise/coréenne, ce 19ème Festival cultive dans un esprit d'ouverture, voire de fraternité universelle, les gênes qui ont fait sa réputation. Une exigence forte, chargée, de fait, d'un folklorisme assumé.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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