Festival des Musiques Sacrées 2019 : Fès à la confluence des cultures

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Festival des Musiques Sacrées 2019 : Fès à la confluence des cultures

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Photo Yvon Ambrosi

Lancée le 14 juin, la 25e édition du festival des musiques sacrées de la capitale spirituelle du Maroc poursuit jusqu’au 22 juin son foisonnement de répertoires liturgiques mêlés aux mélodies bien profanes pour le bonheur d’un public qui transgresse les frontières.

Des moments sacrés de 2018 au Fès festif de 2019

Démarrée le 14 juin, cette 25e saison du festival des Musiques sacrées de Fès retrouve les émotions provoquées dans l’édition 2018, marquée alors par de grands (et inoubliables) moments. A l’exemple du spectacle Création d’ouverture, conçu et mis en scène par le directeur artistique français Alain Weber, show en musique, lumières, mapping et calligraphie, qui, comme son nom l’indique, a lancé le festival. Une ouverture qui fut un hommage exceptionnel aux métiers d’art de Fès, à leurs artisans pour qui le savoir-faire est toujours lié, inspiré par le divin, selon la tradition arabo-musulmane. Autre création remarquable, Ibn Battûta voyageur de l’Islam par le Catalan Jordi Savall qui a mis en musique, en compagnie de son ensemble Hespèrion XXI et de quelques musiciens invités, des récits du fameux explorateur (1304-1377 ?) né et décédé au Maroc.

Il y a eu aussi une véritable communion quand le festival a célébré l’art qui fait l’identité de sa ville, la musique arabo-andalouse, dont Fès constitue l’un, sinon le plus important bastion du Maghreb, jouée par le plus grand orchestre de l’ancienne cité impériale sous la direction de l’un de ses meilleurs interprètes, Mohammed Briouel. Autre formation impressionnante, celle où se sont rencontrés l’Orchestre des Mariages et Enterrements de Goran Bregović et l’Orchestre symphonique de Bretagne, les rythmes populaires des Balkans se mariant aux mélodies savantes.

Du World Trade Center au World Youth Baroque Ensemble 

Actuellement, la 25e édition du festival des Musiques sacrées de Fès se poursuit ce mercredi avec une demi-douzaine de spectacles en des endroits emblématiques de la cité aux plus de douze siècles d’histoire, tel Jnan Sbil. Son jardin (jnan, en arabe) le plus luxuriant qui accueille en début de soirée le World Youth Baroque Ensemble fondé en septembre 2001 à Rome, quatre jours après la tragédie de New York, réunissant 75 jeunes musiciens issus des cinq continents. Un orchestre composé de musiciens de collèges, universités et conservatoires qui croit aux idéaux de paix et de fraternité en développant une musique centrée sur les cultures méditerranéennes.

Kol Colé, un groupe d’Allemagne passionné de musiques juives

En début de soirée à la synagogue de Fès, un groupe d’Allemagne, de Cologne, Kol Colé, constitué de musiciens ukrainiens, moldaves, syriens, allemands, vient exalter sa passion pour la musique d’Europe de l’Est, juive et orientale. Chacun riche de sa propre culture, ces artistes inventent un répertoire qui mêle tradition klezmer, folklore russe, tango, Andalousie médiévale, bref un chaudron où s’entrelacent cultures juive, chrétienne et musulmane. Alors qu’au palais Dar Adivel se présente un formation improbable qui réunit deux terroirs, celui de l’ensemble vocal de Svetlana Spajic et des musiciens de Chérifa Kersit, une rencontre inédite de chants montagnards de Serbie et du Moyen-Atlas marocain portés par des voix sans âge, pastorales, des Balkans aux monts berbères.

Obini Batá, la féminisation du tambour sacré afro-cubain

Ce même soir, il faut remarquer au Complexe Ben Youssef, une autre passion féminine. Pour les puristes de la santería, la religion afro-cubaine, le groupe Obini Batá est un sacrilège. Des femmes qui battent le tambour sacré, le batá, joué traditionnellement et exclusivement par les hommes. Les femmes étant considérées inadaptées physiquement et émotionnellement pour en jouer. Les cinq musiciennes d’Obini Batá de La Havane viennent prouver le contraire avec fougue et un spectacle où se combinent jeu théâtral, chant, musique et danse.

Le rubâb de Homayoun Sakhi, le mbalax de Youssou N’Dour

Jeudi 20 au Jnan Sbil, épaulé par Siar Hashimi, virtuose du tabla, Homayoun Sakhi va déployer toutes les possibilités sonores du rubâb. Ce luth emblématique de l’Afghanistan, dont le maître tire des compositions, des improvisations évoquant la fureur du vent, la douceur de certains paysages, la méditation. Un jeu qui oscille entre âpreté et préciosité. Dans un registre plus vif, à Bab Al Makina, la plus importante scène du festival, le Dakarois Youssou N’Dour, roi du mbalax, montre toute l’énergie et la sophistication de cette frénésie sénégalaise basée sur le tempo des percussions traditionnelles. Youssou l’a non seulement popularisé aux quatre coins du monde, mais aussi ouvert aux rythmes populaires de ce même monde, rock, pop, jazz, reggae, afrobeat… Défenseur d’une Afrique juste et moderne, Youssou N’Dour est imprégné par les valeurs de la confrérie mouride, ce soufisme familial qui lui fait comprendre l’importance de rattacher le passé à l’avenir.

Ballaké Orkestra, ode à la harpe royale de l’empire mandingue

Le vendredi 21 au Jnan Sbil, c’est un hymne vibrant, presque hypnotique qui est fait à la kora. Virtuose mondialement réputé de cette harpe royale de l’ancien empire mandingue, Ballaké Sissoko réunit autour de lui une demi-douzaine de koristes issus essentiellement de l’Institut National des Arts de Bamako. Dans ce Ballaké Orkestra, l’expérience du maître mise sur la jeunesse et le renouveau pour faire entendre des compositions étincelantes, souvent vives, parfois méditatives alors qu’un chant glorifie la paix, les bienfaits du fleuve Niger, la geste historique mandingue. Le même début de soirée au splendide palais Dar Batha, il y a Opéra Slam Baroque, un chorus enlevé entre la voix de Marc Alexandre Oho Bambe (Capitaine Alexandre) et la musique d’Alain Larribet (flûtes, petit harmonium, percussions).

L’art vocal du muwachchah, d’Alep à Fès

Le muwachchah est placé au summum de la poésie arabe chantée sous différentes formes musicales, du Golfe à l’Atlantique. Il est célébré ce même vendredi à Bab Al Makina par deux ensembles représentant deux facettes de cette précieuse expression. L’Orchestre Arabo-Andalou de Fès, créé en 1946, et l’Orchestre Syrien de Paris fondé par des exilés fuyant les massacres dans leur pays, souvent originaires d’Alep. Comme Omar Sarmini, voix splendide d’un vaste répertoire sacré et d’une poésie dédiée à l’amour courtois et au romantisme dans un Alep estimé pendant des siècles telle une parure où brille un raffinement artistique et urbain florissant. Quand l’Orchestre Arabo-Andalou de Fès se donne pour mission la transmission de son art aux jeunes musiciens sous sa forme historique où dominent les instruments traditionnels à cordes.

Harpe des plaines de Colombie, Venezuela, Paraguay

Le samedi 22, dernier jour du festival, cela commence au Jnan Sbil avec des maîtres de la harpe des Colombie, Venezuela, Paraguay, instrument amené au XVIe par la conquête espagnole, devenu emblématique de la musique des plaines de la région. Cette arpa llanera qui anime les réjouissances souvent sur le joropo, une cadence traditionnelle qui évoque le galop emballé d’un cheval rythmé aussi par les flûtes et tambours. Figure de la scène newyorkaise, Edmar Castaneda invite Mariano Gonzalez Ramirez et Eduardo Betancourt pour promener leurs harpes des plaines de la Colombie, du Venezuela à celles, beaucoup plus au sud, du Paraguay dans des improvisations échevelées, dansantes et parfois contemplatives, paisibles.

Du gospel de Kingdom Choir au flamenco de José Mercé

A Bab Al Makina, la dernière nuit appartient à deux étoiles lumineuses du flamenco, José Mercé et Tomatito. Le chanteur et le guitariste andalous sont précédés par le Kingdom Choir, le chœur gospel londonien dirigé par Karen Gibson, dont la réputation lui a valu d’être choisi par le prince Harry et Meghan Markle lors de leur mariage en mai 2018, suivi par deux milliards de téléspectateurs. José Mercé et Tomatito n’ont pas eu un tel auditoire, mais leur art possède une telle profondeur, des racines robustes qui ont font une musique miraculeuse, à fleur de peau. Descendants des deux plus grandes dynasties gitanes de Jerez et d’Almería, José Mercé et José Fernández Torres dit “Tomatito’’, la voix sombre et la guitare flamboyante, naviguent avec aisance, inspiration aiguisée, de la douleur à l’allégresse, une émotion qui fait atteindre le firmament.

Par Yvon Ambrosi et Bouziane Daoudi | akhaba.com

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