Marcel Khalifé et ses fils, Rami et Bachar, innovent à Paris

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Marcel Khalifé et ses fils, Rami et Bachar, innovent à Paris

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Photos Alexandre Chevillard

Sur scène, le père est au milieu, en blanc comme la teinte de sa barbe de patriarche, Rami, chevelu, à sa droite, Bachar, chauve, de l’autre côté. Le Libanais Marcel Khalifé ose avec ses deux fils une nouvelle aventure, une incursion déroutante en des sons modernistes, voire électroniques, au risque de désarçonner ses idoles arabes.

Ils sont des millions à le suivre depuis la seconde moitié des années 1970 dans son soutien pro-palestinien, ses engagements progressistes à coup de chansons novatrices, une musique arabe savante muée en folk internationaliste. Alors que son pays plonge dans une guerre civile, confessionnelle pour d’autres, qui semble interminable.

Avant de le rejouer du mardi 13 au 16 novembre au théâtre parisien des Bouffes du Nord, Marcel a présenté avec ses rejetons le 30 août 2012 du côté de Poitiers ce projet inédit dans le cadre d’événements baptisés Soirs d’été. Des programmations pluridisciplinaires données dans un cadre exceptionnel, une ancienne carrière envahie par les eaux, entourée de végétation, liée au Normandoux, un domaine de villégiature entourant un manoir du XVIe siècle.

Nommée tout simplement La Carrière du Normandoux, l’endroit a été métamorphosé en scène de spectacle et attraction touristique, et lieu de restauration, où arrivent cette fin août, souvent en petits groupes, des Franco-Français essentiellement, quelques Moyen-Orientaux, moyenne d’âge : la cinquantaine. Mais, il y a aussi un fort contingent de plus jeunes. Avant le show, Marcel, Rami et Bachar, venus avec femmes et (petits-)enfants, ont peaufiné leur spectacle pendant quelques jours de résidence au Normandoux.

Une fois restauré, le public quitte les grandes tables rondes côté restaurant, pour s’aligner sur les chaises face à la scène. Le cou entouré éternellement d’une écharpe, cette fois turquoise, le (grand-)père Khalifé, frais sexagénaire malgré sa longue chevelure de vieux sachem, commence avec son oud, sa voix chaude et claire.

Le chant de Marcel semble apaisant, presque berceur, alors qu’il raconte souvent des drames, des tragédies amoureuses, une nostalgie sans remords, une terre spoliée. Un répertoire nourri depuis plus de trente ans par les vers poignants de son regretté ami, l’un de plus grands poètes du monde, le Palestinien Mahmoud Darwiche (1941-2008).

Rami, aux piano et synthé, Bachar, aux cajón, derbouka et autres percussions, suivent le cheikh, transfigurant le maqam ancestral en des rythmes audacieux, des irruptions électroniques qui semblent si naturelles à une musique arabe déjà millénaire. Rami et Bachar, qui ont grandi à l’écoute de la musique de leur père, sont devenus des musiciens du monde. C’est-à-dire aussi de rock, de jazz et d’electro.

Il faut dire aussi que Marcel a depuis plusieurs années poussé son oud en d’autres univers, contemporain, musique symphonique, jazz. Une échappée téméraire alors qu’il pouvait continuer à gérer peinardement le répertoire qu’il l’avait popularisé dans le monde arabe et ouvert les scènes du monde. La longue et émouvante ovation finale au Normandoux dit que le public lui témoigne gré.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-11-16

Rami, Marcel et Bachar Khalifé au Beirut Music and Art Festival en 2011

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