Celte attitude à la 10e édition du Chant de marin de Paimpol

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Celte attitude à la 10e édition du Chant de marin de Paimpol

Biannuel, le festival de Paimpol est l’un des plus originaux en matière de musiques du monde avec sa thématique unique : le chant de marin, de tous les marins du monde, une cinquantaine de groupes cette année, et une oreille ouverte à d’autres genres plus ou moins proches. Le festival du Chant de marin, donc, fête sa 10e édition du 12 au 14 août, consacrée cette fois au monde celtique où, bien sûr, l’Irlande est remarquablement représentée, des chenus Chieftains (vendredi 12), machine efficace créée en 1962, à leurs cadets d’Altan (vendredi), fondé à la fin des années 1980, Sinéad Ó Connor et Kíla (samedi) formé en 1987. D’ailleurs, la folkeuse mystique Sinéad avait jugé les Dublinois de Kíla « brillantissimes ». Un compliment qui va si bien à ce mélange d’énergie féroce, de blues gaëlique, de chants émouvants, qui fait la marque de fabrique du groupe des frères Colm, Rónán et Rossa Ó Snodaigh, fameux joueurs de flûte, fiddle ou uilleann pipes, à qui ne manquent pas un petit penchant pour le rock et une bonne pinte humour. L’essentiel d’Altan, lui, est originaire du nord de l’Irlande. Soit cinq fines gâchettes (bouzouki, deux guitares, violon, accordéon) qui soutiennent la voix splendide de la violoniste Mairéad Ni Mhaonaigh, fondatrice avec son mari, le flûtiste Frankie Kennedy emporté par le cancer en 1994, du groupe aujourd’hui bardé de nombreuses récompenses et autres records de vente dans leur style, une musique plus proche des racines. Des ballades, jigs et autres reels le plus souvent inspirés de la tradition du Donegal, région encore préservée du nord-ouest irlandais. Encore plus roots, Béoga (samedi), c’est aussi quatre musiciens (deux accordéons, bodhran, piano), qui entourent la chanteuse Niamh Dunne, pour être reconnu comme l’un des meilleurs groupes de musique traditionnelle irlandaise où parfois ils introduisent quelques accords blues, du jamboree de la Nouvelle-Orléans ou le tango jazzifié de Piazzolla. Une réussite qu’ils présentent sur les scènes du monde. Dans les mélanges hardis, il y a Afro Breizh (dimanche), projet de la Compagnie Dounia où se mêlent musiciens, chanteurs, danseurs africains et bretons pour une débauche de bombarde, cornemuse, guitare, saxo, kora, balafon, djembé, guembri..
Talentueux mais peu promu, le vétéran Roland Becker (vendredi) est l’une des grandes figures de l’actualisation de la tradition bretonne qu’il ne cesse de collecter. Un patrimoine qu’il confronte aussi à d’autres expériences pour créer des répertoires acoustiques faits d’équilibres miraculeux entre l’ancien et la modernité. Des compositions de bombarde, tambours, harpe, vielle qui entraînent lentement l’auditoire où le plongent dans une frénésie généreuse. Outre le virtuose de gaïta galicienne Carlos Núñez en duo avec le guitariste breton Dan Ar Braz et le groupe folk des Asturies LLan de Cubel (dimanche), les Celtes d'Espagne, eux, envoient deux jeunes femmes exceptionnelles, les Galiciennes Mercedés Péon et Susana Seivane (vendredi). Le cheveu ras, la voix détonnante, Mercedés livre un chant sans âge, vigoureux, parfois marqué d'étonnantes résonnances africaines, alors qu'elle frappe avec une rare énergie son tambourin quand elle ne souffle pas dans sa gaïta. La cornemuse qu'elle a en commun avec sa cadette Susana, héritière d'une longue dynastie musicienne. Bref, Susana est tombée « dedans », car sa famille possède une fabrique de gaïtas près de La Corogne. Elle est acclamée par les connaisseurs dès son premier album en 1999 et invitée depuis sur les plus grandes scènes folk du monde. Ce qui n'est pas rien.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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